Daewoo François Bon Voir tout son univers

  • Roman (broché). Paru en 08/2004
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Une usine ferme à Fameck, une autre à Villers-la-Montagne, une troisième à Mont-Saint-Martin, c'est le groupe industriel coréen Daewoo qui délocalise sa production après avoir largement profité des subsides de l'état pour en principe créer des emplois dans la zone sinistrée de l'ancien bassin...
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Une usine ferme à Fameck, une autre à Villers-la-Montagne, une troisième à Mont-Saint-Martin, c'est le groupe industriel coréen Daewoo qui délocalise sa production après avoir largement profité des subsides de l'état pour en principe créer des emplois dans la zone sinistrée de l'ancien bassin sidérurgique lorrain. C'est le genre d'information qu'on lit tous les jours dans la presse, qu'on suit au journal télévisé. Celle-ci est relativement récente, elle a moins de deux ans mais qui s'en souvient encore, qui se soucie de tous ceux qui ont perdu leur emploi, en majorité des femmes ? Un scandale chasse l'autre, ce ne sont pas les affaires de ce genre qui manquent. La presse s'y intéresse le temps du conflit puis passe à autre chose. Que pourrait-elle faire d'autre ? "Ces mots de télévision et de journaux on les reconnaît d'avance à mesure qu'ils sont dits. Ce qu'on pense à chaud porte peu de l'énigme qu'obscurément on affronte. La multiplicité galopante de ces faits : une société laisse s'effondrer des pans entiers de ce qui, pour celles et ceux qui le vivent, représente l'essentiel et cela vous cerne, sape ce qu'on revendique pour soi-même, ses enfants et ses proches, de destin à construire, d'aventure à guider où la vieille tâche d'homme signifie."

On pourra toujours discuter l'appellation de "roman" que François Bon fait figurer sur la couverture de son livre. Pourtant il s'agit bien d'un projet littéraire, celui d'une pièce d'abord intitulée également Daewoo et qui s'est jouée au théâtre de la Manufacture à Nancy et au dernier Festival d'Avignon. Le roman en est un prolongement au sens fort du terme et n'a rien à voir avec un reportage. Les conflits anciens au moins laissaient des traces. Il subsiste encore des vestiges de la sidérurgie lorraine, quelques hauts-fourneaux dont certains sont classés. Piètre consolation peut-être mais dans le cas des conflits plus récents il ne reste rien. Les chaînes de montage partent à l'étranger, l'enseigne est enlevée, parfois même, comme dans le cas de Daewoo, l'usine brûle. Et après que dire des heures passées à regarder par la fenêtre de la cuisine ? Que dire du temps arrêté, du vide qui envahit l'existence ? Ce qu'il y a de poignant dans le roman de François Bon, l'un des plus ambitieux de cette rentrée littéraire c'est cette question qui y court en filigrane. Existe-t-il un langage, une forme littéraire qui puisse non pas peut-être changer la vie comme on en a tellement rêvé mais au moins dire quelque chose de cette horreur économique et de son impact sur notre quotidien à tous, qui soit capable de rendre leur dignité humaine à des éléments statistiques ?

François Bon parvient à faire entendre les voix de ceux et celles que l'on n'écoute pas parce, théoriquement, ils n'ont rien à dire et même leurs silences, démontrant avec éclat que le roman peut s'emparer de la violence sociale et devenir, à sa façon, une stratégie contre l'effacement.

François Bon est né en 1953 en Vendée. A publié une vingtaine de livres depuis "Sortie d'usine" (Minuit 1982). Anime des ateliers d'écriture et leur a consacré un essai : "Tous les mots sont adultes".

Extrait :
"Finalement, on appelle roman un livre parce qu'on a marché un matin dans ce hall où tout, charpente, sol et lignes, était redevenu géométrie pure( j'y reviendrai le déménagement fini, après la vente aux enchères, et cette dernière fois ce jour-ci tandis que le nouveau propriétaire s'installait, et que les vigiles m'avaient refoulé), et le territoire arpenté, les visages et les voix, les produire est ce roman. Ils appellent le récit parce que le réel de lui-même n'en produit pas les liens, qu'il faut passer par cette irritation ou cette retenue dans une voix, partit en quête d'un prénom parfois juste évoqué et qu'on a griffonné dans le carnet noir."

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En résumé : Daewoo

Un an après la fermeture des trois sites de l'usine Daewoo en Lorraine, le narrateur part à la découverte des lieux, à la rencontre de ces femmes brutalement licenciées.

Avis de la Fnac : Daewoo

Une usine ferme à Fameck, une autre à Villers-la-Montagne, une troisième à Mont-Saint-Martin, c'est le groupe industriel coréen Daewoo qui délocalise sa production après avoir largement profité des subsides de l'état pour en principe créer des emplois dans la zone sinistrée de l'ancien bassin sidérurgique lorrain. C'est le genre d'information qu'on lit tous les jours dans la presse, qu'on suit au journal télévisé. Celle-ci est relativement récente, elle a moins de deux ans mais qui s'en souvient encore, qui se soucie de tous ceux qui ont perdu leur emploi, en majorité des femmes ? Un scandale chasse l'autre, ce ne sont pas les affaires de ce genre qui manquent. La presse s'y intéresse le temps du conflit puis passe à autre chose. Que pourrait-elle faire d'autre ? "Ces mots de télévision et de journaux on les reconnaît d'avance à mesure qu'ils sont dits. Ce qu'on pense à chaud porte peu de l'énigme qu'obscurément on affronte. La multiplicité galopante de ces faits : une société laisse s'effondrer des pans entiers de ce qui, pour celles et ceux qui le vivent, représente l'essentiel et cela vous cerne, sape ce qu'on revendique pour soi-même, ses enfants et ses proches, de destin à construire, d'aventure à guider où la vieille tâche d'homme signifie."

On pourra toujours discuter l'appellation de "roman" que François Bon fait figurer sur la couverture de son livre. Pourtant il s'agit bien d'un projet littéraire, celui d'une pièce d'abord intitulée également Daewoo et qui s'est jouée au théâtre de la Manufacture à Nancy et au dernier Festival d'Avignon. Le roman en est un prolongement au sens fort du terme et n'a rien à voir avec un reportage. Les conflits anciens au moins laissaient des traces. Il subsiste encore des vestiges de la sidérurgie lorraine, quelques hauts-fourneaux dont certains sont classés. Piètre consolation peut-être mais dans le cas des conflits plus récents il ne reste rien. Les chaînes de montage partent à l'étranger, l'enseigne est enlevée, parfois même, comme dans le cas de Daewoo, l'usine brûle. Et après que dire des heures passées à regarder par la fenêtre de la cuisine ? Que dire du temps arrêté, du vide qui envahit l'existence ? Ce qu'il y a de poignant dans le roman de François Bon, l'un des plus ambitieux de cette rentrée littéraire c'est cette question qui y court en filigrane. Existe-t-il un langage, une forme littéraire qui puisse non pas peut-être changer la vie comme on en a tellement rêvé mais au moins dire quelque chose de cette horreur économique et de son impact sur notre quotidien à tous, qui soit capable de rendre leur dignité humaine à des éléments statistiques ?

François Bon parvient à faire entendre les voix de ceux et celles que l'on n'écoute pas parce, théoriquement, ils n'ont rien à dire et même leurs silences, démontrant avec éclat que le roman peut s'emparer de la violence sociale et devenir, à sa façon, une stratégie contre l'effacement.

François Bon est né en 1953 en Vendée. A publié une vingtaine de livres depuis "Sortie d'usine" (Minuit 1982). Anime des ateliers d'écriture et leur a consacré un essai : "Tous les mots sont adultes".

Extrait :
"Finalement, on appelle roman un livre parce qu'on a marché un matin dans ce hall où tout, charpente, sol et lignes, était redevenu géométrie pure( j'y reviendrai le déménagement fini, après la vente aux enchères, et cette dernière fois ce jour-ci tandis que le nouveau propriétaire s'installait, et que les vigiles m'avaient refoulé), et le territoire arpenté, les visages et les voix, les produire est ce roman. Ils appellent le récit parce que le réel de lui-même n'en produit pas les liens, qu'il faut passer par cette irritation ou cette retenue dans une voix, partit en quête d'un prénom parfois juste évoqué et qu'on a griffonné dans le carnet noir."

Le Mot de l'éditeur : Daewoo

La Lorraine. Dans le paysage de fer et d'acier ravagé par la crise de la sidérurgie, l'implantation à coups de subventions publiques de trois usines du groupe coréen Daewoo, fours à micro-ondes, téléviseurs.
Entre septembre 2002 et janvier 2003, fermeture brutale des trois usines, dont une sera incendiée. Pourtant, la première fois que j'entre à Fameck dans l'usine vide, vendue aux enchères, aucun trace de cette violence sociale qui a jeté sur le pavé 1200 personnes, des femmes surtout.
Au cours de mes visites, j'en rencontrerai bien sûr. Des voix toutes chargées d'émotion, la violence du travail à la chaîne, et la violence ensuite des luttes. Comment affronter maintenant le quotidien vide, et ce qu'il en est pour les enfants, pour le temps, pour sa propre idée de la vie ?
Ces récits entendus, les transcrire ne suffit pas : il faut raconter, reconstruire, la cellule de reclassement, les appartements où vous êtes reçu et le supermarché. Ce qui est proposé comme nouvelles figures du travail ? Centres d'appels, marché du chien.
Il faut aussi entrer dans les silences. On vous parle d'une qui n'est plus.
Ce n'est pas un livre prémédité : il s'agissait au départ de jouer, ici même, une pièce de théâtre. Et puis, à cause des visages, pour la densité des mots en partage, je décide d'écrire. Si les ouvrières n'ont plus leur place nulle part, que le roman soit mémoire.

F.B.

Avis des internautes : "Daewoo"

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Fiche détaillée : Daewoo

Auteur François Bon
Editeur Editions Fayard
Date de parution août 2004
Collection Littérature Française
Format 14 cm x 22 cm
ISBN 2213618712
Illustration Pas d'illustrations
Nombre de pages 300

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