Quatre personnes ont accepté de nous raconter leur expérience de la guerre d’Algérie, un appelé français, une pied-noir, un harki, une
fellaga.
Rémi Serres a tout juste 20 ans lorsqu’il quitte, pour la première fois de sa vie, la ferme familiale et ses montagnes de l’Aveyron,
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Quatre personnes ont accepté de nous raconter leur expérience de la guerre d’Algérie, un appelé français, une pied-noir, un harki, une
fellaga.
Rémi Serres a tout juste 20 ans lorsqu’il quitte, pour la première fois de sa vie, la ferme familiale et ses montagnes de l’Aveyron,
destination l’Algérie. Incorporé le 1er mars 1958, il est envoyé dans l’infanterie en Grande Kabylie. « C’est là que j’ai connu le feu,
la misère, la torture et la mort » Blessé par balle au cours d’une opération, Rémi Serres refuse pourtant d’être considéré comme un héros.
D’ailleurs, à 65 ans, cet agriculteur retraité, installé dans le Tarn, a décidé de faire don de sa pension d’ancien combattant à une
association humanitaire : « Parce que la guerre, c’est le mal et que cet argent n’est pas proprement gagné ».
Le plus grand rêve de Ghislaine Ruvira est de pouvoir un jour retourner dans « son pays », l’Algérie, qu’elle a dû quitter le 30 juin
1962, comme un million de «pieds-noirs». Née à Tizi-Ouzou, elle passe son enfance et son adolescence à Oran. Lorsque qu’éclate la
guerre, elle a 14 ans et des rêves plein la tête. Mais la triste réalité du conflit va vite s’imposer. La mort de plusieurs proches restent
encore des blessures douloureuses. Mais le pire cauchemar de la jeune femme devenue institutrice est d’avoir dû «abandonner» ses petits
élèves arabes du village de Saint-Lucien. «Je me suis sentie lâche de devoir partir ainsi, sans avoir fini mon travail».
Djelloul Slamani est un « harki », un de ces milliers d’Algériens qui ont choisi de combattre dans les rangs de la France. « On me
demande souvent pourquoi j’ai trahi mon pays. Mais moi, je me suis toujours considéré comme Français », dit-il. Né en dans les
montagnes de Sidi Semiane, à 80 km à l’ouest d’Alger environ, Djelloul a 16 ans lorsque débute le conflit, en 1954. Fils d’un ancien
combattant de 14-18, il choisit de s’engager dans une unité de harkis où il passera deux ans. Puis il intègre l’armée régulière et est envoyé
dans le sud saharien jusqu’à la fin du conflit. Menacé de mort après l’indépendance du pays, il est contraint de se terrer pendant cinq
mois avant de rejoindre, en clandestin, la métropole.
Zouina El-Ghers a aujourd’hui 74 ans et vit à Blida, où elle est née. De son enfance, elle se souvient surtout de la grande misère dans
laquelle vivaient les siens. Son père était un « fellah », un de ces paysans pauvres forcés de louer ses bras aux grands colons qui
possédaient l’essentiel des terres de la plaine de la Mitidja. Sa famille a payé un lourd tribut durant la guerre d’Algérie. Zouina y a perdu
deux de ses frères partis rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale. Elle-même était déjà mariée lorsqu’elle a décidé, à son
tour, de combattre pour l’indépendance de son pays. Elle connaîtra la prison et la torture. « J’ai souffert, mais je ne regrette rien. J’ai
fait mon devoir », dit-elle.