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Orson Welles cinéaste, une caméra visible , Coffret Youssef Ishaghpour
- Beau livre (broché). Paru en 10/2005
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Le Mot de l'éditeur : Orson Welles cinéaste, une caméra visible
Volume I
Orson Welles est l'initiateur du cinéma moderne ; il occupe, dans le parlant, la place qui était celle de Griffith dans le muet. En faisant des films à partir de la parole, Welles a montré que " notre dépendance à l'image est énorme ".
L'œuvre d'Orson Welles est l'histoire de l'émergence et de la disparition de l'individu : de Kane à Falstaff, des élisabéthains et de Cervantes à Conrad, Kafka et Picasso, de la fin du Moyen Âge à la réalité contemporaine des communications de masse et de la télévision. Elle est la parousie de la subjectivité, liée à l'image et à la représentation, au fondement de la modernité occidentale. Elle est la mise en scène de l'Individualité souveraine, dans sa double figure antinomique et liée : volonté de domination et impouvoir de l'artiste. Au moment de l'apparition de la civilisation industrielle et des masses anonymes des grandes villes, la reproduction technique, la photographie et la grande presse avaient séparé l'art et le public en opposant deux phénomènes liés et contemporains : l'avant-garde et l'industrie culturelle. L'utopie de tous les grands cinéastes a toujours été de dépasser par le cinéma - reproduction technique, industrie culturelle, art et marchandise, à la fois - le fossé entre l'art et le public. L'œuvre et la vie ruinées d'Orson Welles sont emblématiques de l'impossibilité de cette utopie : être en même temps un génie et un article de masse.
Orson Welles cinéaste, une caméra visible aborde le cinéma comme le souhaitait Eisenstein : en gros plan et en plan d'ensemble. Ce premier volume est la constitution de la constellation historique, sociale, politique, philosophique, artistique, cinématographique et biographique qui a donné naissance à l'œuvre de celui qui voulait que chacun de ses films soit une expérience cinématographique nouvelle.
Volume II
À la différence de la première génération des créateurs du cinéma, Orson Welles avait, devant lui, un langage et, surtout avec Hollywood, un système constitués. Il a inauguré le cinéma moderne, en partant de la parole, par des écarts, par un retour réflexif au musée et à l'histoire du cinéma.
" Portraits " de l'Amérique, Citizen Kane, La Splendeur des Amberson, La Dame de Sanghai constituent, en même temps, trois moments d'invention de la modernité cinématographique : la question du cinéma, du temps, de l'image.
Par sa forme de " narration montagiste ", comme Eisenstein définissait Citizen Kane, avec ses styles hétérogènes pour construire un tout brisé, " cubiste ", dépendant du temps, ce film reprend à l'art moderne ce que l'existence même du cinéma lui avait donné. Avec son absolue nouveauté, sa force d'irruption, son énergie, sa " brutalité " journalistique, Citizen Kane est aussi une encyclopédie du cinéma, un retour réflexif à son histoire, au musée et à ses questions d'origine : entre Lumière et Méliès, fait et fiction, art et reproduction technique.
Dans son " aura " poétique, La Splendeur des Amberson est un film sur le temps et la mort implicite à la reproduction technique, développés - comme on le fait d'une photographie - par le cinéma. L'évocation de quelque chose de perdu et en train de s'obscurcir, de disparaître, de s'effacer : ce moment historique, contemporain de la naissance du cinéma, où la technique a définitivement triomphé et a transformé le temps en temps perdu, souvenir de la demeure, de l'habitat, de la figure de la mère et de l'enfance.
La Dame de Shanghai est une véritable poétique du présent, telle que seul le cinéma, reproduction technique de ce qui est, la permet, et la première dans son genre. Expérience limite de l'actuel, de la société contemporaine, et réflexion critique sur cet actuel et sur le " cinéma " lui-même dans cette actualité, qu'il brise en mille éclats : univers d'aventure, de romance, de stars, fantasmagorie de la marchandise et fatale beauté des images du miroir-écran : " la maison de la folie " d'Hollywood où Orson Welles s'était égaré.
Volume III
À l'instar de Gregory Arkadin, la figure mythique qu'il a inventée, Orson Welles, devenu nomade, allait de lieu en lieu. Non pas, comme le personnage de son conte moderne, pour étendre sa domination sur le monde, mais en tant que Souverain d'un royaume inexistant où il aurait pu réaliser des films.
Ce royaume avait eu une terre d'origine : Shakespeare et le théâtre où l'acteur et le metteur en scène Orson Welles était venu au monde. C'est là que, réduit à lui-même, Welles retournait sans cesse, pour réinventer toujours, en expérimentateur comme il se définissait, de nouvelles formes de cinéma dans les rapports, chaque fois différents, du théâtre et de la reproduction technique : avec l'expérience " magique " de Macbeth, l'expression " opératique " d'Othello, la nostalgie " narrative " de Falstaff. Ces retours à Shakespeare n'étaient cependant pas pour Welles dépourvus d'intentions actuelles, plus sérieuses encore que la parodie de Staline, avec le " Géorgien " Gregory Arkadin poignardant ses anciens acolytes.
Welles avait commencé sa carrière pendant la Dépression par un engagement politique qui s'exprimait encore clairement dans son seul film hollywoodien d'après l'exil : La Soif du mal, le dernier grand moment d'Hollywood, dans lequel Welles lui reprenait ses propres inventions formelles qui avaient renouvelé le cinéma américain. La même vision politique marquait son approche du Procès, comme le " cauchemar " du XXe siècle, dans une critique de l'État totalitaire et bureaucratique.
À l'absence réelle de la liberté souveraine, Citizen Kane avait opposé déjà la souveraineté esthétique. Celle-ci faisait l'objet des derniers films de Welles : Falstaff, Une histoire immortelle, Vérité et mensonge et l'inachevé De l'autre côté du vent consacrés tous à l'art et à l'artiste, devenus de plus en plus problématiques, dans un monde dominé, à la fin, par l'image-communication-marchandise, où même l'artiste, disait Adorno, se transforme en Fake : " faux ".
Fiche détaillée : Orson Welles cinéaste, une caméra visible
| Auteur | Youssef Ishaghpour |
|---|---|
| Editeur | La Difference |
| Date de parution | octobre 2005 |
| Collection | Essais |
| ISBN | 272911579X |
| Illustration | Illustrations couleur |
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