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La modernité romantique de Lamartine à Nerval J.P. Bertrand, P. Durand

  • Etude (broché). Paru en 02/2006
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Lit-on encore les poètes romantiques ? Naufragés de la modernité commençante, ils ont tenté de reprendre souffle dans un monde désenchanté et les voilà engloutis dans les anthologies et les explications de texte convenues. Lamartine ? On ne se souvient guère que du «Lac». Sainte-Beuve ? Le critique...
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Le Mot de l'éditeur : La modernité romantique de Lamartine à Nerval

Lit-on encore les poètes romantiques ? Naufragés de la modernité commençante, ils ont tenté de reprendre souffle dans un monde désenchanté et les voilà engloutis dans les anthologies et les explications de texte convenues. Lamartine ? On ne se souvient guère que du «Lac». Sainte-Beuve ? Le critique dont Proust a basculé la redondante statue a tué le poète. Vigny ? Trop sévère et trop sensuel à la fois pour nos hédonismes obligatoires. Hugo ? Il n'est plus question que du romancier. Musset ? On le joue encore au théâtre, sa poésie est dévaluée. Nerval ? Trop grandi, il est la victime de l'hermétisme qu'on lui suppose. Les «petits romantiques» ? Nous ne les connaissons plus guère que par Baudelaire interposé.

La poésie moderne est incompréhensible coupée du moment romantique qui la propulse en premier et avec lequel elle rompra les amarres. Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Mallarmé, Apollinaire même seront tous comptables de l'effraction que le romantisme a produite au sein du champ littéraire de la première moitié du siècle.

Un sujet, un monde, un langage. Et entre ces instances, une circulation, des médiations, mais aussi des tensions et des blocages. C'est de ce romantisme-là, loin des mythes et des routines, qu'il s'agit ici de retrouver l'énergie et la force d'invention. Au plus près des textes et de leur mise en dialogue, et dans le rapport si complexe qu'ils entretiennent avec l'histoire. Histoire d'un sujet lyrique, qui se dit et qui se pense. Histoire d'un monde qui se transforme et que la poésie tente de sonder. Il faut prendre la poésie au sérieux : voilà ce que les romantiques, les premiers à l'âge moderne, ont fait savoir. Voilà pourquoi il faut aussi les prendre au mot.

Jean-Pierre Bertrand et Pascal Durand enseignent à la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège. On leur doit par ailleurs un essai sur Les Poètes de la Modernité. De Baudelaire à Apollinaire (Paris, Seuil, coll. «Points Lettres», 2006).

Extrait du livre :
LAMARTINE, SAINTE-BEUVE

La révolution prudente

Lamartine et Sainte-Beuve ne forment ordinairement pas couple dans l'histoire du romantisme français. Ils sont plutôt perçus comme l'avers et le revers d'une même médaille, l'un apportant en guise de viatique au romantisme naissant une oeuvre sobre mais radicalement nouvelle, les Méditations, l'autre des poèmes de seconde zone sans être mineurs, Vie, Pensées et Poésies de Joseph Delorme, mais coiffés par un discours autrement important sur la poésie et la chose littéraire, telles qu'elles entendent prendre leurs marques dans le siècle. Si nous les réunissons à l'enseigne d'une révolution prudente, c'est que leurs itinéraires mettent en lumière contrastée une série de problématiques qui touchent non seulement à la modernité du romantisme mais aussi, au plus fondamental, à la modernité tout court. L'un comme l'autre posent la question du langage poétique (et pas seulement de la poésie comme genre) dans l'ordre de la société post-révolutionnaire : que peut-il ? quelle est sa légitimité au regard des autres langages ? quel est son statut dans l'univers des discours ? sa place dans le monde ? son destin ? Ces interrogations, chacun d'eux, le poète orateur et le poète critique, les soulève à sa manière, en tentant sinon de leur apporter une réponse, du moins d'en faire le tremplin d'une fertile relance de la poésie. Car en dépit de ce qui les sépare, Lamartine et Sainte-Beuve, de manière plus immédiate et en tout cas moins totalisante qu'un Hugo, qui prendra bientôt le relais du premier, sont tous deux portés par une urgence aussi simple qu'aveuglante : celle de faire entendre une parole véritablement publique, qui soit en prise sur son temps et résolument affranchie de la gangue rhétorique dans laquelle deux siècles de classicisme l'ont figée. C'est prioritairement à la poésie qu'incombe, selon eux, cette nécessité de dire le nouvel ordre des choses qui se met en place, lequel n'est qu'occasionnellement qualifié de moderne.
Davantage préoccupés par l'encombrant héritage du passé que par la promesse d'une poésie future, Lamartine et Sainte-Beuve apparaissent, dans cette perspective, d'un côté comme de véritables éradicateurs d'un grand nombre de poncifs
littéraires et, de l'autre, comme de prudents réformateurs dont le plus grand mérite aura été de permettre à la poésie de se déployer dans une histoire qui semblait l'avoir durablement mise au rancart. Telle était en effet l'une des idées-forces du discours de l'époque relativement à la poésie : elle est morte, elle n'a pas, elle n'a plus d'avenir. Il suffit quelquefois de lutter contre de pareilles certitudes pour les vider de leur sens, et surtout pour rendre une vitalité insoupçonnée à ce qui passait pour obsolète. À cette fausse nouvelle, les romantiques vont apporter le plus cinglant des démentis : non, la poésie n'est pas morte ; oui, elle a un avenir ; et sachez qu'elle est le genre de l'avenir. Encore fallait-il, pour la réinventer, prendre cependant acte qu'elle était bien morte, du moins sous la forme momifiée à laquelle l'avaient réduite les néo-classiques. Jean-Marie Gleize l'a souligné avec force s'agissant du seul Lamartine.

Fiche détaillée : La modernité romantique de Lamartine à Nerval

Auteur J.P. Bertrand, P. Durand
Editeur Impressions Nouvelles
Date de parution février 2006
Collection Reflexions Faites
ISBN 2874490083
EAN 978-2874490088
Illustration Pas d'illustrations

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