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Girafe J.M. Ledgard, Erika Abrams (Traduction)
- Roman (broché). Paru en 07/2006
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Le Mot de l'éditeur : Girafe
Avec Girafe, premier roman magistral et poétique, JM Ledgard trouve sa place aux côtés de WG Sebald et Milan Kundera.
Extrait du livre :
Extrait :
JE SUIS DEVENUE EN GRANDISSANT la plus belle jeune femelle de mon troupeau. J'emprunte avec assurance le passage des ravins creusés dans la roche des collines rouges en bordure de la savane couleur de cendre, j'en émerge en d'autres lieux, parmi un peuple mélangé de zèbres à rayures. La plupart des girafons nés en même temps que moi sont morts, emportés par la maladie ou les prédateurs. Moi, aucune lionne n'est venue me ravir. Je suis toujours là, bien vivante sous les acacias. Je me dresse sur mes pattes de derrière pour brouter les plus hautes branches, plus souvent réservées aux mâles. Je sais ce qui m'arrive : je vois l'objet métallique vert qui vole vers moi sous cette lumière blanche. J'essaie de m'écarter de son trajet; je sais que c'est une flèche tranquillisante. Flèche dont la pointe s'enfonce dans ma croupe. Une bande de Tchécoslovaques se détache des épineux. Je leur lance un bêlement - le premier son audible que j'aie produit de ma vie. Je cours d'un côté, mon troupeau de l'autre. Comme je cours pour échapper à ces Tchécoslovaques ! Mes jambes s'allongent, le vent accroche ma crinière. J'accélère l'allure, jusqu'au grand galop, plus rapide que tous les chevaux. À rien ne sert. Ils me suivent à bord de camions kaki qui rebondissent dans les lits des ruisseaux à sec, défoncent les pistes des insectes et ne se laissent pas distancer.
Je sens en moi une montée de produits chimiques. Je ralentis. Mes yeux s'ouvrent tout grands, hémisphères de panique sur lesquels l'étorphine tire aussitôt son voile. Ma tête se renverse, mon museau se relève, mes oreilles s'aplatissent. Je n'en peux plus. J'ai le souffle coupé; tout l'air que contient ma trachée-artère est mort. Les camions me tournent autour. En rond, toujours en rond, emballant leurs moteurs, freinant, se rapprochant encore. Je me dirige vers un point d'eau, je veux boire. Un Tchécoslovaque coiffé d'un chapeau de brousse saute à bas d'un des véhicules. Il agite la main. Deux Africains s'élancent et se faufilent sous moi. Ils passent une corde autour de mon poitrail et de la naissance de mes pattes antérieures. Des Tchécoslovaques approchent alors à leur tour et me prennent le cou dans un noeud coulant. Tous ensemble tirent doucement sur les cordes. Je chancelle. Je m'effondre. Je sens les hommes qui me serrent de près, me touchent, chose impossible, me dominent. J'essaie de ruer, d'en faucher l'un ou l'autre d'un coup de sabot, mais je suis vidée, impuissante à commander à mes membres. Le Tchécoslovaque au chapeau de brousse s'agenouille à côté de moi. Je sens ses mains autour de ma gorge, cherchant ma jugulaire. II la trouve. II prend une grosse seringue dont l'aiguille me perce la peau et injecte dans la veine le diprénorphine antagoniste. On me bande les yeux. On me bouche les oreilles avec de la gaze et du coton. Je me sens hissée, remise sur pattes et conduite vers l'un des camions.
Fiche détaillée : Girafe
| Auteur | J.M. Ledgard |
|---|---|
| Traduction | Erika Abrams |
| Editeur | Héloïse d'Ormesson |
| Date de parution | juillet 2006 |
| Format | 14cm x 21cm |
| ISBN | 2350870324 |
| EAN | 978-2350870328 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
| Nombre de pages | 320 |
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