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Les sentiments à l'ère du capitalisme Eva Illouz, Jean-Pierre Ricard (Traduction)

  • Essai (broché). Paru en 09/2006
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Le capitalisme présente, dit-on, un visage froid. Individualisme, désenchantement, division du travail, rationalisation... : autant de portes d'entrée dans ce monde sans états d'âme, héritées d'une longue tradition de sociologues, d'historiens et d'économistes.
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Le Mot de l'éditeur : Les sentiments à l'ère du capitalisme

Le capitalisme présente, dit-on, un visage froid. Individualisme, désenchantement, division du travail, rationalisation... : autant de portes d'entrée dans ce monde sans états d'âme, héritées d'une longue tradition de sociologues, d'historiens et d'économistes.
Aurait-on oublié que les sentiments sont des acteurs majeurs de l'histoire du capitalisme et de la modernité ? et qu'elle a favorisé le développement d'une nouvelle culture de l'affectivité engageant le moi privé à se manifester plus que jamais dans la sphère publique ?
C'est ce " capitalisme émotionnel " qui pousse l'individu à la réalisation la plus intime de soi, qui s'approprie les affects au point de transformer les émotions en marchandises, et qui culmine aujourd'hui dans les nouvelles formes de sociabilités nées de l'Internet qu'explore ici Eva Illouz.

Eva Illouz est professeur de sociologie à l'université hébraïque de Jérusalem.

Extrait du livre :
Quand la culture populaire s'est emparée - en la déformant - de «l'aliénation» de Marx, elle s'est intéressée avant tout à ses aspects affectifs : la modernité et le capitalisme étaient jugés aliénants en ce qu'ils créaient une forme d'insensibilité qui séparait les individus les uns des autres, de leur communauté, mais aussi d'eux-mêmes et de leur moi profond. On peut mentionner également la célèbre analyse que Georg Simmel consacre aux métropoles, qui accorde elle aussi une place aux sentiments. Pour Simmel, la vie urbaine crée un flot infini de stimulations nerveuses et s'oppose au mode de vie des petites villes, qui repose sur les relations affectives. L'attitude typiquement moderne, pour lui, est celle du «blasé» : c'est un mélange de réserve, de froideur et d'indifférence, qui est toujours susceptible, ajoute Simmel, de se transformer en haine2. Pour prendre un dernier exemple, Durkheim s'intéresse de manière particulièrement évidente aux sentiments, fait peut-être surprenant de la part du rationaliste kantien qu'il était. En effet, la «solidarité», pivot de la sociologie de Durkheim, n'est qu'un ensemble de sentiments qui lient les acteurs sociaux aux symboles centraux de la société (ce que Durkheim appelle l'«effervescence» dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse). Dans la conclusion de leur étude intitulée «De quelques formes primitives de classification», Durkheim et Marcel Mauss affirment que les classifications symboliques - entités cognitives par excellence - sont fondamentalement affectives.
Les sentiments sont encore plus directement présents dans la réflexion de Durkheim sur la modernité, puisqu'il essaya de comprendre ce qui constituait le noyau de la solidarité sociale.
Il n'est pas nécessaire de développer ce point, qui relève de l'évidence : à l'insu de leurs auteurs, les grandes analyses sociologiques de la modernité multiplient les références aux sentiments, à défaut d'en proposer une théorie explicite. L'angoisse, l'amour, l'esprit de concurrence, l'indifférence, la culpabilité sont des sentiments présents dans la plupart des analyses historiques et sociologiques des ruptures qui ont mené à l'époque moderne, comme on le voit quand on ne se contente pas d'en faire une lecture superficielle.

Fiche détaillée : Les sentiments à l'ère du capitalisme

Auteur Eva Illouz
Traduction Jean-Pierre Ricard
Editeur Seuil
Date de parution 14/09/2006
ISBN 2020862557
EAN 978-2020862554
Illustration Pas d'illustrations
Nombre de pages 252

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