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Faut-il sauver le libéralisme ? Monique Canto-Sperber, Nicolas Tenzer
- Essai (broché). Paru en 10/2006
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Jadis identifié à la défense des droits individuels contre l'absolutisme, le libéralisme est désormais perçu comme un péril anti-démocratique. Synonyme de dérégulation, de capitalisme sauvage, de mondialisation effrénée, de marchandisation généralisée, il est, aujourd'hui, un repoussoir absolu dans...
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Le Mot de l'éditeur : Faut-il sauver le libéralisme ?
Jadis identifié à la défense des droits individuels contre l'absolutisme, le libéralisme est désormais perçu comme un péril anti-démocratique. Synonyme de dérégulation, de capitalisme sauvage, de mondialisation effrénée, de marchandisation généralisée, il est, aujourd'hui, un repoussoir absolu dans l'ordre politique social, voire moral... Comment la promesse s'est-elle transformée en cauchemar ? Comment l'aspiration à la liberté s'est-elle muée en effroi devant l'enfer libéral ?
Monique Canto-Sperber est philosophe (CNRS) et directrice de l'Ecole normale supérieure.
Nicolas Tenzer est haut fonctionnaire, président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique (CERAP) et directeur de la revue Le Banquet.
Extrait du livre :
Monique CANTOSPERBER
LE LIBERALISME SOCIAL :
l'ambition d'une société où la vie des plus démunis puisse faire l'expérience d'une vraie liberté
Le combat antilibéral, dont plusieurs mouvements altermondialistes et la plupart des courants de la gauche politique se sont fait une image de marque, est une impasse. Le consensus antilibéral est mal' heureusement devenu à présent en France l'idéologie composite des pensées progressiste, conservatrice et populiste, comme des formes nationalistes et rétrogrades du républicanisme. Mais l'hostilité au libéralisme qui tend à se faire passer aujourd'hui pour l'attitude morale par défaut et exprime une forme de bien-pensance de plus en plus répandue, ne sert ni à comprendre le monde contemporain ni à agir sur lui.
Prétendre que la pensée libérale est la cause unique du désordre économique et du désarroi social, prétendre aussi que le seul espoir d'un monde juste passe par la lutte acharnée contre le libéralisme, c'est se tromper d'adversaire, ignorer le terrain où le combat doit se livrer et quelles sont les seules armes encore efficaces.
L'ennemi n'est pas le libéralisme, mais une forme redoutable de capitalisme, prédatrice et lourde d'instabilité. Le terrain n'est plus un monde calfeutré, où chaque Etat est libre de choisir son style d'économie, mais un monde ouvert où les choix des uns sont aussitôt sanctionnés par les autres. Les armes les plus crédibles sont des modes de régulation et des pratiques de gouvernance, qui ont été élaborés au sein de la tradition libérale.
C'est du libéralisme que sont issues les formes pathologiques de l'ultralibéralisme d'aujourd'hui. Mais c'est du libéralisme aussi que viennent les meilleurs outils pour les combattre. Les idées libérales sont donc à la fois l'une des sources du problème et sa solution.
Loin d'être à l'origine des maux de la société contemporaine, le libéralisme peut offrir une voie pour leur résolution. Il confère un sens réel à la volonté d'émancipation et d'autonomie des êtres humains. Il permet de donner une expression concrète à la liberté des personnes. Il sert à définir des régulations qui sont psycho' logiquement et économiquement réalistes. Il contribue à élaborer les normes qui tiennent compte de ces traits fondâmes taux de l'individu moderne que sont le goût de l'initiative, la créativité, le sens de l'effort ou du risque. Enfin, il fournit le terreau conceptuel qui confère un fondement adéquat aux valeurs collectives, aux normes communes, aux règles consenties et intériorisées.
Monique Canto-Sperber est philosophe (CNRS) et directrice de l'Ecole normale supérieure.
Nicolas Tenzer est haut fonctionnaire, président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique (CERAP) et directeur de la revue Le Banquet.
Extrait du livre :
Monique CANTOSPERBER
LE LIBERALISME SOCIAL :
l'ambition d'une société où la vie des plus démunis puisse faire l'expérience d'une vraie liberté
Le combat antilibéral, dont plusieurs mouvements altermondialistes et la plupart des courants de la gauche politique se sont fait une image de marque, est une impasse. Le consensus antilibéral est mal' heureusement devenu à présent en France l'idéologie composite des pensées progressiste, conservatrice et populiste, comme des formes nationalistes et rétrogrades du républicanisme. Mais l'hostilité au libéralisme qui tend à se faire passer aujourd'hui pour l'attitude morale par défaut et exprime une forme de bien-pensance de plus en plus répandue, ne sert ni à comprendre le monde contemporain ni à agir sur lui.
Prétendre que la pensée libérale est la cause unique du désordre économique et du désarroi social, prétendre aussi que le seul espoir d'un monde juste passe par la lutte acharnée contre le libéralisme, c'est se tromper d'adversaire, ignorer le terrain où le combat doit se livrer et quelles sont les seules armes encore efficaces.
L'ennemi n'est pas le libéralisme, mais une forme redoutable de capitalisme, prédatrice et lourde d'instabilité. Le terrain n'est plus un monde calfeutré, où chaque Etat est libre de choisir son style d'économie, mais un monde ouvert où les choix des uns sont aussitôt sanctionnés par les autres. Les armes les plus crédibles sont des modes de régulation et des pratiques de gouvernance, qui ont été élaborés au sein de la tradition libérale.
C'est du libéralisme que sont issues les formes pathologiques de l'ultralibéralisme d'aujourd'hui. Mais c'est du libéralisme aussi que viennent les meilleurs outils pour les combattre. Les idées libérales sont donc à la fois l'une des sources du problème et sa solution.
Loin d'être à l'origine des maux de la société contemporaine, le libéralisme peut offrir une voie pour leur résolution. Il confère un sens réel à la volonté d'émancipation et d'autonomie des êtres humains. Il permet de donner une expression concrète à la liberté des personnes. Il sert à définir des régulations qui sont psycho' logiquement et économiquement réalistes. Il contribue à élaborer les normes qui tiennent compte de ces traits fondâmes taux de l'individu moderne que sont le goût de l'initiative, la créativité, le sens de l'effort ou du risque. Enfin, il fournit le terreau conceptuel qui confère un fondement adéquat aux valeurs collectives, aux normes communes, aux règles consenties et intériorisées.
Fiche détaillée : Faut-il sauver le libéralisme ?
| Auteur | Monique Canto-Sperber, Nicolas Tenzer |
|---|---|
| Editeur | Grasset |
| Date de parution | 12/10/2006 |
| Collection | Nouveau College De Philosophie |
| ISBN | 2246691710 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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