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Les logiques totalitaires en Europe S. Courtois
- Essai (broché). Paru en 10/2006
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Le XXe siècle a été marqué en Europe par le phénomène totalitaire dont les formes diverses - fascisme, nazisme, communisme - ont été inaugurées et portées par des chefs charismatiques - Lénine, Staline, Mussolini, Hitler. Cependant, par-delà ces hommes, le phénomène était sous-tendu de logiques...
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Le Mot de l'éditeur : Les logiques totalitaires en Europe
Le XXe siècle a été marqué en Europe par le phénomène totalitaire dont les formes diverses - fascisme, nazisme, communisme - ont été inaugurées et portées par des chefs charismatiques - Lénine, Staline, Mussolini, Hitler. Cependant, par-delà ces hommes, le phénomène était sous-tendu de logiques spécifiques.
La logique initiale renvoie à la dimension idéologique des mouvements totalitaires, une idéologie - racialiste, classiste ou ultra-nationaliste - qui, devenue religion politique, légitime la volonté de puissance et de domination totale qui anime les chefs et justifie leurs actions, même les plus criminelles.
Lors de leur passage à l'acte pour la prise du pouvoir, les mouvements totalitaires mettent systématiquement en oeuvre la logique de la guerre civile qui ouvre le champ de tous les possibles en supprimant les traditionnelles limites de durée, d'espace et de moyens par lesquelles la violence étatique est bridée.
Le déclenchement de la guerre civile implique la mise en oeuvre de la logique de la terreur qui, selon des intensités variables, a présidé à tous les régimes totalitaires.
Enfin, pour conserver le pouvoir à tout prix et développer leurs projets - «construction du socialisme» en URSS, épuration de la race en Allemagne, création de «l'Homme nouveau» en Italie -, les régimes totalitaires liquident les élites traditionnelles ou démocratiques, et suscitent l'apparition de nouvelles élites totalitaires formées d'un type d'homme prêt à pratiquer la terreur pour mieux profiter des gratifications offertes.
C'est à routes ces questions qu'une équipe de vingt-cinq historiens, sociologues et politologues venus de toute l'Europe consacre sa réflexion, dans cet ouvrage qui poursuit une recherche déjà engagée dans Quand tombe la nuit. Origines et émergence des régimes totalitaires en Europe, 1900-J934 (L'Âge d'homme, 2002), Une si longue nuit. L'apogée des régimes totalitaires en Europe, 1935-1953 (Éditions du Rocher, 2003) et Le jour se lève. L'héritage du totalitarisme en Europe, 1953-2005 (Éditions du Rocher, 2005).
Stéphane Courtois est historien, directeur de recherches au CNRS (Sophiapol). Spécialiste du communisme français et international et de la question du totalitarisme, directeur de la revue Communisme, il est le maître d'oeuvre du Livre noir du communisme et de Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe.
Extrait du livre :
LA PENSÉE TOTALITAIRE
Uwe Backes
Au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale, un livre intitulé Jenseits des Kapitalismus - Par-delà le capitalisme - parut en Allemagne sous le nom de Paul Sering. Ce pseudonyme était un nom de guerre bien connu des cercles de résistance au national-socialisme. Derrière lui se dissimulait le socialiste judéo-allemand Richard Löwenthal qui, étudiant, avait été exclu du Parti communiste allemand (KPD) en 1929 et avait ensuite rejoint l'opposition-KPD de Heinrich Brandler, avant d'adhérer à l'Organisation léniniste de Wilhelm Löwenstein. C'est sous le nom de Neu Beginnen - Un nouveau début -et dans la clandestinité, que celle-ci avait commencé à organiser la résistance contre le régime nazi, après la prise du pouvoir en 1933. En exil depuis 1935, d'abord à Prague, puis à Paris et enfin à Londres, le groupe s'était rapproché de positions sociales-démocrates et avait défini les contours d'un socialisme démocratique. Pour la social-démocratie d'après-guerre, qui venait de se réorganiser et de se doter d'un programme, le livre fut une contribution importante à la «nouvelle orientation socialiste». Richard Löwenthal, qui enseigna les relations internationales à Berlin pendant de nombreuses années et fit partie de la commission programmatique et éthique du Parti socialiste, le SPD, est mort en 1991. À l'occasion d'une cérémonie commémorative en son honneur, l'ancien chancelier fédéral Helmut Schmidt a décrit en termes émouvants l'influence que ce livre avait eu sur lui et sur une partie de la jeune génération qui, une fois revenue de la guerre, avait rejoint la social-démocratie.
Dans cet ouvrage, Paul Sering avait, entre autres, dressé un bilan des origines et des conséquences de la dérive totalitaire qui avait attiré le mouvement ouvrier vers une formation politique de type bolchevique. Avec l'«introduction de la pensée totalitaire dans le mouvement ouvrier», les communistes avaient, selon lui, provoqué une scission durable et affaibli leurs capacités d'adaptation aux nouvelles conditions politiques et sociales. Löwenthal décrivait dans son texte le «dogme communiste» dans ses acceptions principales et en nomma quelques particularités structurelles : la propension à la «simplification drastique» de la réalité historique et politique, l'auto-attribution monopoliste du droit légitime et unique à la représentation des «intérêts véritables» de la classe ouvrière et une vision négative de toutes les autres forces - dont la social-démocratie. Ce mécanisme, qui dépeignait l'existence d'un ennemi omniprésent et diabolique, n'était «rien d'autre que la projection de la propre volonté de toute-puissance» du communisme «sur le monde extérieur».
La logique initiale renvoie à la dimension idéologique des mouvements totalitaires, une idéologie - racialiste, classiste ou ultra-nationaliste - qui, devenue religion politique, légitime la volonté de puissance et de domination totale qui anime les chefs et justifie leurs actions, même les plus criminelles.
Lors de leur passage à l'acte pour la prise du pouvoir, les mouvements totalitaires mettent systématiquement en oeuvre la logique de la guerre civile qui ouvre le champ de tous les possibles en supprimant les traditionnelles limites de durée, d'espace et de moyens par lesquelles la violence étatique est bridée.
Le déclenchement de la guerre civile implique la mise en oeuvre de la logique de la terreur qui, selon des intensités variables, a présidé à tous les régimes totalitaires.
Enfin, pour conserver le pouvoir à tout prix et développer leurs projets - «construction du socialisme» en URSS, épuration de la race en Allemagne, création de «l'Homme nouveau» en Italie -, les régimes totalitaires liquident les élites traditionnelles ou démocratiques, et suscitent l'apparition de nouvelles élites totalitaires formées d'un type d'homme prêt à pratiquer la terreur pour mieux profiter des gratifications offertes.
C'est à routes ces questions qu'une équipe de vingt-cinq historiens, sociologues et politologues venus de toute l'Europe consacre sa réflexion, dans cet ouvrage qui poursuit une recherche déjà engagée dans Quand tombe la nuit. Origines et émergence des régimes totalitaires en Europe, 1900-J934 (L'Âge d'homme, 2002), Une si longue nuit. L'apogée des régimes totalitaires en Europe, 1935-1953 (Éditions du Rocher, 2003) et Le jour se lève. L'héritage du totalitarisme en Europe, 1953-2005 (Éditions du Rocher, 2005).
Stéphane Courtois est historien, directeur de recherches au CNRS (Sophiapol). Spécialiste du communisme français et international et de la question du totalitarisme, directeur de la revue Communisme, il est le maître d'oeuvre du Livre noir du communisme et de Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe.
Extrait du livre :
LA PENSÉE TOTALITAIRE
Uwe Backes
Au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale, un livre intitulé Jenseits des Kapitalismus - Par-delà le capitalisme - parut en Allemagne sous le nom de Paul Sering. Ce pseudonyme était un nom de guerre bien connu des cercles de résistance au national-socialisme. Derrière lui se dissimulait le socialiste judéo-allemand Richard Löwenthal qui, étudiant, avait été exclu du Parti communiste allemand (KPD) en 1929 et avait ensuite rejoint l'opposition-KPD de Heinrich Brandler, avant d'adhérer à l'Organisation léniniste de Wilhelm Löwenstein. C'est sous le nom de Neu Beginnen - Un nouveau début -et dans la clandestinité, que celle-ci avait commencé à organiser la résistance contre le régime nazi, après la prise du pouvoir en 1933. En exil depuis 1935, d'abord à Prague, puis à Paris et enfin à Londres, le groupe s'était rapproché de positions sociales-démocrates et avait défini les contours d'un socialisme démocratique. Pour la social-démocratie d'après-guerre, qui venait de se réorganiser et de se doter d'un programme, le livre fut une contribution importante à la «nouvelle orientation socialiste». Richard Löwenthal, qui enseigna les relations internationales à Berlin pendant de nombreuses années et fit partie de la commission programmatique et éthique du Parti socialiste, le SPD, est mort en 1991. À l'occasion d'une cérémonie commémorative en son honneur, l'ancien chancelier fédéral Helmut Schmidt a décrit en termes émouvants l'influence que ce livre avait eu sur lui et sur une partie de la jeune génération qui, une fois revenue de la guerre, avait rejoint la social-démocratie.
Dans cet ouvrage, Paul Sering avait, entre autres, dressé un bilan des origines et des conséquences de la dérive totalitaire qui avait attiré le mouvement ouvrier vers une formation politique de type bolchevique. Avec l'«introduction de la pensée totalitaire dans le mouvement ouvrier», les communistes avaient, selon lui, provoqué une scission durable et affaibli leurs capacités d'adaptation aux nouvelles conditions politiques et sociales. Löwenthal décrivait dans son texte le «dogme communiste» dans ses acceptions principales et en nomma quelques particularités structurelles : la propension à la «simplification drastique» de la réalité historique et politique, l'auto-attribution monopoliste du droit légitime et unique à la représentation des «intérêts véritables» de la classe ouvrière et une vision négative de toutes les autres forces - dont la social-démocratie. Ce mécanisme, qui dépeignait l'existence d'un ennemi omniprésent et diabolique, n'était «rien d'autre que la projection de la propre volonté de toute-puissance» du communisme «sur le monde extérieur».
Fiche détaillée : Les logiques totalitaires en Europe
| Direction | S. Courtois |
|---|---|
| Editeur | Rocher Eds Du |
| Date de parution | 19/10/2006 |
| Collection | Democratie Ou Totalitarisme |
| ISBN | 2268059782 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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