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Cours vite, camarade ! , La génération 68 et le pouvoir Paul Berman

  • Essai (broché). Paru en 10/2006
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En janvier 2001, le magazine Stern publia plusieurs photographies de Joschka Fischer, alors ministre allemand des Affaires étrangères, prises lors d'une échauffourée en 1973. Sur ces clichés, le jeune Fischer frappe violemment un policier à l'issue d'une manifestation.
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Le Mot de l'éditeur : Cours vite, camarade !

En janvier 2001, le magazine Stern publia plusieurs photographies de Joschka Fischer, alors ministre allemand des Affaires étrangères, prises lors d'une échauffourée en 1973. Sur ces clichés, le jeune Fischer frappe violemment un policier à l'issue d'une manifestation.
Ces images déclenchèrent un scandale. Derrière la personnalité d'un homme politique qui comptait parmi les plus populaires de son pays, c'est toute une génération qui était sommée de se justifier sur son itinéraire, son esprit de rébellion, ses engagements et son influence. Le procès de la génération 68 venait de s'ouvrir. Daniel Cohn-Bendit fut l'un des premiers accusés à la faveur d'une lecture biaisée de ses écrits de jeunesse.
Les affaires Fischer et Cohn-Bendit ne sont pourtant rien d'autre que l'histoire d'individus qui ont connu dans leur vie une évolution incompréhensible si elle est détachée des traumatismes de notre temps.
Joschka Fischer, Bernard Kouchner, Daniel Cohn-Bendit et André Glucksmann sont les figures les plus éminentes de cette Nouvelle Gauche qui refuse toute compromission avec le totalitarisme, quel qu'il soit. Une internationale de la contestation dont la guerre d'Irak a révélé les failles mais aussi les relais dans le monde musulman.

Figure éminente de la gauche américaine, ancien soixante-huitard et, surtout, spécialiste de l'Europe et de la France, Paul Berman était le mieux placé pour raconter avec le détachement nécessaire cette aventure collective. Cours vite camarade ! raconte la fin de l'idéalisme et la découverte du pouvoir. Le roman d'une génération.
Paul Berman est l'auteur des Habits neufs de la terreur (Hachette littératures, 2004).

Extrait du livre :
Le mouvement extrémiste étudiant à la fin des années 60 - mouvement que j'appellerai la Nouvelle Gauche dans le sens que lui donnent les Anglais et les Américains - n'a jamais représenté une quelconque force dans la république fédérale d'Allemagne, en tout cas face aux grands partis politiques, aux groupes industriels et aux syndicats. Mais dans le monde universitaire, parmi les jeunes intellectuels et dans les quartiers fréquentés par la jeunesse, la Nouvelle Gauche avait une formidable présence. Et ce fut dans ce terreau que germa naturellement la Fraction armée rouge. Ulrike Meinhof elle-même était au dire de tous une meneuse brillante et persuasive, une femme qui avait une bonne trentaine d'années quand elle participa à la création de l'armée clandestine; autrement dit, elle dominait, ne fût-ce que par son âge, la troupe des étudiants naïfs. Elle savait comment parer son organisation et ses actions des grands idéaux de la philosophie allemande. Son groupe était certainement honni par une écrasante majorité d'Allemands de l'Ouest, spectateurs impuissants, apeurés et victimes potentielles.
Mais dans les campus et les QG de la contre-culture à Francfort, Berlin et autres lieux similaires, sa minuscule organisation bénéficiait d'un soutien actif, voire enthousiaste de nombreux sympathisants. Sans compter l'approbation passive du gros contingent des gauchistes qui n'auraient jamais approuvé le recours à la violence et aux assassinats, mais qui n'en considéraient pas moins que la Fraction armée rouge avait raison de mépriser la société bourgeoise, que la révolution marxiste était une excellente idée, et que la répression de l'État menaçait bien davantage la société qu'un mouvement de résis­tance gauchiste. Et n'était-ce pas des libertés civiles dont on devait s'inquiéter en premier lieu, quand on était homme de gauche et de progrès ? Et ainsi de suite - toutes les raisons et les excuses qu'avancent les gens quand, par confusion ou manque de courage moral, ils sont trop effrayés pour applaudir aux meurtres et aux enlèvements, mais aussi pour les condamner.
La Fraction armée rouge revendiquait une fraternité avec la nouvelle génération de groupes révolutionnaires à travers le monde. «Nous avons à apprendre des autres mouvements révolutionnaires - le Viêt-cong, l'Organisation de libération de la Palestine, les Tupamaros d'Uruguay, les Black Panthers», disait Meinhof dans son manifeste en 1970. Mais son organisation ressemblait surtout à d'autres courants de guérilla nés des soulèvements gauchistes en Europe durant ces mêmes années : les Brigades rouges en Italie, l'Armée républicaine irlandaise dans sa version moderne et marxiste (qui ressuscita une organisation militaire depuis longtemps défunte), les nationalistes corses, les Basques de l'ETA, tous de petits groupes mais très déterminés et bénéficiant d'un soutien populaire qui les rendit presque indestructibles des dizaines d'années durant.

Fiche détaillée : Cours vite, camarade !

Auteur Paul Berman
Editeur Denoël
Date de parution octobre 2006
Collection Mediations
ISBN 2207258467
EAN 978-2207258460
Illustration Pas d'illustrations

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