- » Livre
- »Les nouveaux mots du pouvoir
Les nouveaux mots du pouvoir Pascal Durand, Domenico Losurdo
- Anthologie (broché). Paru en 04/2007
- Expédié sous 4 à 8 jours
«Gouvernance», «employabilité», «adaptation», «réformes», «processus de Bologne», «flexibilité», «dialogue social», «État social actif», «monde de plus en plus complexe», «modèle danois», «tolérance zéro», «égalité des chances», «contrat pour l'école», «populisme», «excellence» : ces mots, ces...
Lire la suite
Lire la suite
Pour donner votre avis, veuillez vous identifier.
Plus d'offres en stock
-
Vendu par
Vent dOuest
25 € Neuf
+ Frais de port : 3.99 € -
En Stock
Les internautes ayant acheté Les nouveaux mots du pouvoir ont également acheté :
En résumé : Les nouveaux mots du pouvoir
Prix du Pamphlet 2007
Le Mot de l'éditeur : Les nouveaux mots du pouvoir
«Gouvernance», «employabilité», «adaptation», «réformes», «processus de Bologne», «flexibilité», «dialogue social», «État social actif», «monde de plus en plus complexe», «modèle danois», «tolérance zéro», «égalité des chances», «contrat pour l'école», «populisme», «excellence» : ces mots, ces expressions, vous les avez déjà entendus cent fois. Avec tant d'autres du même registre, ils reviennent en boucle, quotidiennement, dans le discours politique et journalistique. Si présents, si fréquents qu'ils passeraient presque inaperçus de ceux qui les formulent comme de ceux qui les reçoivent. D'où viennent-ils ? À quels univers de représentation et d'assignation sont-ils associés ? Que signifient-ils ? Que nous signifient-ils en fait d'attitude politique ou de comportement social ? Opposer à la pensée bête et têtue des nouveaux mots du pouvoir un effort de connaissance conjuguant ironie et rigueur : tel est l'enjeu du présent abécédaire. Tâche nécessaire à laquelle se sont attachés près de soixante-dix spécialistes venus de différents horizons scientifiques et nationaux, politologues, historiens, sociologues, théoriciens du langage, économistes, écrivains, philosophes. Tous portés par un même souci d'y voir plus clair dans l'opacité des mots dont on nous paie.
Pascal Durand est professeur à la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège. On lui doit déjà, dans le même domaine, Médias et Censure. Figures de l'orthodoxie (Éditions de l'Université de Liège, 2004) et La Censure invisible (Arles, Actes Sud, 2006).
Extrait du livre :
ADAPTATION
Dans la constellation des mots du pouvoir, celui d'adaptation est de première grandeur. Cette primauté ne tient pas à sa place dans le présent abécédaire, mais à sa fonction idéologique en discours dominant. Depuis les années 60 en Europe, particulièrement en France, l'adaptation est devenue à la fois une valeur à promouvoir et un slogan normatif. Au conseil attribué à Guizot, «Enrichissez-vous !» s'est substitué l'impératif des temps modernes : «Adaptez-vous !» Elle est aussi une pierre de touche évaluant, plus que les potentialités de développement, celles de survie. La classe montante des managers en a fait une vertu cardinale dont la nécessité s'impose aux individus et aux sociétés qui n'entendent pas disparaître. C'est à l'aune de leur aptitude ou de leur inaptitude au changement que se mesure leur capacité de s'adapter. Entre autres, Jean-Jacques Servan-Schreiber expliquait le managerial gap entre les États-Unis et l'Europe par les difficultés des européens à «faire face intelligemment au changement».
Or, comme le rappelle le Dictionnaire historique de la langue française, ce mot «désigne l'action d'adapter, d'approprier [...] ou d'ajuster» et depuis la fin du XIXe siècle il a pris «le sens de "modification (d'un organisme vivant) selon le milieu, la situation"». Conformément à ce réfèrent biologique, Piaget définissait ainsi l'adaptation comme «un équilibre entre l'assimilation et l'accommodation.» Mais l'adaptation prônée en novlangue - sa promotion allant de pair avec la dénonciation de ce qui passe pour blocages, conservatismes et autres rigidités obsolètes - s'avère socialement déséquilibrée : les dominants gardent leur place en s'appropriant les ressources qu'offre le monde contemporain (de nouvelles chances assimilées selon leurs schèmes de vision et division du monde), tandis que les dominés sont sommés non seulement d'ajuster leurs conduites aux conditions de production et de consommation, notamment à celles du marché du travail, mais encore d'adopter les cadres de pensée justifiant cet ordre des choses, défini comme le seul et le meilleur possible selon l'utopie libérale : il leur faut s'accommoder des contraintes du dernier avatar du capitalisme.
Philippe FRITSCH
Pascal Durand est professeur à la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège. On lui doit déjà, dans le même domaine, Médias et Censure. Figures de l'orthodoxie (Éditions de l'Université de Liège, 2004) et La Censure invisible (Arles, Actes Sud, 2006).
Extrait du livre :
ADAPTATION
Dans la constellation des mots du pouvoir, celui d'adaptation est de première grandeur. Cette primauté ne tient pas à sa place dans le présent abécédaire, mais à sa fonction idéologique en discours dominant. Depuis les années 60 en Europe, particulièrement en France, l'adaptation est devenue à la fois une valeur à promouvoir et un slogan normatif. Au conseil attribué à Guizot, «Enrichissez-vous !» s'est substitué l'impératif des temps modernes : «Adaptez-vous !» Elle est aussi une pierre de touche évaluant, plus que les potentialités de développement, celles de survie. La classe montante des managers en a fait une vertu cardinale dont la nécessité s'impose aux individus et aux sociétés qui n'entendent pas disparaître. C'est à l'aune de leur aptitude ou de leur inaptitude au changement que se mesure leur capacité de s'adapter. Entre autres, Jean-Jacques Servan-Schreiber expliquait le managerial gap entre les États-Unis et l'Europe par les difficultés des européens à «faire face intelligemment au changement».
Or, comme le rappelle le Dictionnaire historique de la langue française, ce mot «désigne l'action d'adapter, d'approprier [...] ou d'ajuster» et depuis la fin du XIXe siècle il a pris «le sens de "modification (d'un organisme vivant) selon le milieu, la situation"». Conformément à ce réfèrent biologique, Piaget définissait ainsi l'adaptation comme «un équilibre entre l'assimilation et l'accommodation.» Mais l'adaptation prônée en novlangue - sa promotion allant de pair avec la dénonciation de ce qui passe pour blocages, conservatismes et autres rigidités obsolètes - s'avère socialement déséquilibrée : les dominants gardent leur place en s'appropriant les ressources qu'offre le monde contemporain (de nouvelles chances assimilées selon leurs schèmes de vision et division du monde), tandis que les dominés sont sommés non seulement d'ajuster leurs conduites aux conditions de production et de consommation, notamment à celles du marché du travail, mais encore d'adopter les cadres de pensée justifiant cet ordre des choses, défini comme le seul et le meilleur possible selon l'utopie libérale : il leur faut s'accommoder des contraintes du dernier avatar du capitalisme.
Philippe FRITSCH
Fiche détaillée : Les nouveaux mots du pouvoir
| Auteur | Pascal Durand |
|---|---|
| Préface | Domenico Losurdo |
| Editeur | Aden Belgique |
| Date de parution | avril 2007 |
| Collection | Grande Bibliotheque D'aden, numéro 7 |
| Format | 14 cm x 21 cm |
| ISBN | 2930402334 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
| Nombre de pages | 300 |
Pascal Durand : Autres articles
-
-
-
- Mallarmé
- Pascal Durand
-
-
-
- Les poètes de l...
- Jean-Pierre Ber...
-
-
-
- L'art d'être Hu...
- Pascal Durand
-
-
-
- Naissance de l'...
- Pascal Durand,...
-
-
-
- 10 jeux avec Fl...
- Pascal Durand
-
-
Domenico Losurdo : Autres articles
-
-
-
- Nietzsche, phil...
- Domenico Losurd...
-
-
-
- Fuir l'histoire
- Domenico Losurd...
-
-
-
- Le péché origin...
- Domenico Losurd...
-
-
-
-
- Le révisionnism...
- Domenico Losurd...
-
-
-
- Gramsci
- Domenico Losurd...
-











