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Deux ânes, deux moines et deux putains Hubert de Maximy
- Récit (broché). Paru en 11/2006
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Le premier âne a ployé sous les sacs de grains jusqu'à ce que la peste le délivre du meunier son maître. Pourquoi suit-il sur ses quatre pattes frêles un grand...
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Le Mot de l'éditeur : Deux ânes, deux moines et deux putains
Le premier âne a ployé sous les sacs de grains jusqu'à ce que la peste le délivre du meunier son maître. Pourquoi suit-il sur ses quatre pattes frêles un grand couillon sur deux jambes ? Ce second âne est un jeune homme naïf qui, au sortir de l'adolescence, se cherche un état. Naïf certes, mais matois, et attiré à son corps défendant par la gent féminine, à moins que ce ne soit l'inverse... Un capucin sale et dépenaillé qui, à la suite d'un coup violent sur le crâne voit le diable partout, soulève la foule des badauds contre l'évêque d'Avignon, homme gourmet et sage que domine une formidable paresse. Celui-ci vivrait heureux sans le prêcheur fou, et à condition que l'abbesse du bordel, dont le revenu lui revient de droit, ne le grugeât point.
Cette première putain, pourtant courtisée par les riches et les seigneurs, n'est émue que par les palefreniers. La seconde gueuse est jeune, belle et audacieuse, au point d'envisager d'ouvrir des étuves en Avignon, projet que dame l'abbesse, qui craint la concurrence, voit d'un très mauvais oeil.
Un beau matin de juin sur le pont aux vingt-trois arches d'Avignon, le Diable met en scène cet improbable sextuor et six destins s'enchevêtrent en des péripéties aussi picaresques qu'imprévues, mâtinées d'humour.
Producteur et réalisateur télé, scénariste de bande dessinée mais surtout farfelu sérieux, Hubert de Maximy a publié L'Ombre du Diable et L'Écrit rouge aux éditions Albin Michel ainsi que Les loups du Mardi gras aux éditions Hors Commerce (prix Lion Noir 2006).
Extrait du livre :
À ce moment-là, maître Jean Meunier n'avait plus de nom. C'était un âne étique, bien plus vieux que le jeune Broussaille et qui ne vivait que pour les joies de la gueule. Il raffolait des nourritures frugales tel un fantôme de chapeau de paille confit de soleil. Il approcha du gisant ronflant, le renifla, effleura de son museau duveteux sa figure paisible et, tendant ses lèvres délicates, saisit le couvre-chef et tira.
Réveillé en sursaut, Benoît s'assit sur son séant et ouvrant des yeux ronds, admira l'oeil non moins rond du baudet qui mâchonnait avec conviction son chapeau.
L'âne lui plut-il ou bien plut-il à l'âne ? Le fait est que l'un gratta l'étoile de poils blancs qui ornait le front de l'autre, lequel sourit de toutes ses longues dents. Benoît l'Echalas en fut réjoui et souhaita civilement bon appétit au grison, puis il se tourna et se rendormit.
À son réveil, l'âne le regardait. Il n'avait pas bougé. Ému de cette sollicitude, le garçon lui gratta derechef le front, le salua courtoisement et reprit sa marche. La bête le suivit.
L'air embaumait le romarin, les cigales stridulaient et la fin d'après-midi avait calmé la furie de l'astre du jour. L'un suivant l'autre, ils allaient par la campagne. L'Echalas pensait choisir sa route mais il constata son erreur quand il réalisa qu'en place de grand'route, il gravissait derrière le bourricot une colline d'herbe folle. Un moulin désailé la dominait. Sans lui prêter un regard, l'âne se dirigea vers une masure de pierre sèche un peu plus loin. Manifestement il habitait là. L'ombre y semblait fraîche. Ils entrèrent. Le chaume grisé par le temps dévoilait de grands pans de ciel. Cherchant quelqu'un alentour Benoît remarqua un coin de terre fraîchement remué. Une tombe. Une victime de la peste enterrée sur place ? Avait-on oublié l'âne ? Qui s'en préoccupait ? Sa carcasse ne valait pas un liard. Quant aux chiens errants qui naguère n'eussent pas manqué de le manger, ils avaient été massacrés es qualités de colporteurs de puces infectieuses.
L'horreur de la peste l'oppressa. Il lui fallut de l'air, du grand air. Dans sa hâte de sortir, il heurta un obstacle et manqua s'étaler. À ses pieds, enfoui dans la paille poussiéreuse du sol, gisait un étrange bâton. Il le ramassa et sitôt dehors l'examina. Un bourdon, mais beaucoup plus travaillé qu'une classique trique de berger. Long comme une crosse d'évêque, des bagues d'argent cerclaient sa hampe et il se terminait par un personnage sculpté, un peu plus gros qu'un poing. Mi-gnome, mi-singe, l'air effronté, il tirait une longue langue qui se recourbait au bout. Avait-il des cornes ? Les mèches de sa hure étaient ambiguës. Quant à son pourpoint il n'était pas complété de chausses et le jeune Broussaille eut quelques doutes sur le fût du gourdin qui ne durèrent guère. Un si petit être ne pouvait avoir un aussi long vit. Le grotesque ricanait. Benoît le montra à son compagnon qui se mit à braire d'enthousiasme en fouettant de sa queue avec frénésie. Le garçon jugea cet avis favorable. Pas un instant il n'imagina qu'un taon importunait son compère. Porteur manifeste du dieu lare de ces lieux désolés, le bourdon fut aussitôt recueilli. L'Echalas l'empoigna et partit d'un pas de prélat en frappant majestueusement le sol toutes les deux toises.
Fiche détaillée : Deux ânes, deux moines et deux putains
| Auteur | Hubert de Maximy |
|---|---|
| Editeur | Hors Commerce |
| Date de parution | novembre 2006 |
| Collection | Hors Bleu |
| Format | 14cm x 21cm |
| ISBN | 2915286639 |
| EAN | 978-2915286632 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
| Nombre de pages | 232 |
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