Abel Hugo Marsan

  • Roman (broché). Paru en 01/2007
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Franz se penche sur le fauteuil et glisse ses bras sous les épaules et les cuisses d'Aliocha. Il s'empare de sa proie. Aliocha rit lui aussi, tourne la tête vers moi, et amplifie son rire. Il s'accroche au torse de Franz, ses bras enserrent le large cou, et - je ne rêve pas - sa joue se colle à...
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Le Mot de l'éditeur : Abel

Franz se penche sur le fauteuil et glisse ses bras sous les épaules et les cuisses d'Aliocha. Il s'empare de sa proie. Aliocha rit lui aussi, tourne la tête vers moi, et amplifie son rire. Il s'accroche au torse de Franz, ses bras enserrent le large cou, et - je ne rêve pas - sa joue se colle à celle du bourreau. Il m'observe du coin de l'oeil. Sans le moindre effort, Franz soulève Aliocha de son fauteuil, et tous deux s'envolent, s'éclipsent dans les ténèbres des couloirs. Longtemps leurs rires et leurs cris résonnent dans l'escalier, j'ai pensé alors : Caïn rapte Abel, il va le tuer.

Infirme de naissance, Aliocha vit reclus dans un château du sud-ouest de la France, entouré de serviteurs dévoués à sa cause qui arpentent comme des ombres les couloirs silencieux : le monde extérieur ne doit pas l'atteindre. Pour l'assister, Franz, beau et vigoureux jeune homme, lui prête ses jambes et son énergie. Ce «couple» étrange intrigue Denis, le précepteur d'Aliocha. Le sentiment de jalousie qu'il sent naître en lui le trouble... Quels liens unissent réellement Franz et Aliocha ? Quels secrets le château dissimule-t-il ?
Naissance du désir, confusion des sentiments et manipulations tissent la trame du roman d'Hugo Marsan, qui plonge avec délice au coeur des passions humaines.

Journaliste et écrivain, Hugo Marsan est l'auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont La gare des faux départs et Véréna et les hommes au Mercure de France.

Extrait du livre :
L'abbé, je le répète, fut notre seul ami. Il aima notre espérance, il envia notre liberté, il partagea notre détresse. Si je m'autorisais une image douteuse, compte tenu de sa vocation de prêtre, je dirais qu'il était bon à damner un saint ! Thérèse (excusez-moi Joaquim, les souvenirs surgissent dans le désordre), Thérèse le faisait rougir, elle vantait ses yeux de velours, ses cils à crever d'envie, disait-elle... Quant à votre corps, ajoutait-elle, barricadé dans cette abominable soutane qui pue la sacristie, nous ne le verrons jamais... Nous le vîmes un après-midi de canicule, son corps, car Raphaël vint se baigner avec nous dans le Gave. Nous le vîmes comme Thérèse l'avait deviné, long et fin, les muscles souples, la taille fine... Quel gâchis, hurlait-elle, debout sur la rive, quel gâchis vraiment ! Et votre religion qui veut abolir la chair ! Oui, l'abbé fascinait Thérèse... Ce qui ne l'empêchait pas de me crier de la cuisine où elle se lavait nue debout dans l'évier, alors que je lui répétais que l'abbé l'adorait : Ton abbé m'aime bien, mais il n'aime pas vrai­ment les femmes, sinon il ne se serait pas fait curé !

Pour quelles raisons, avions-nous atterri dans ce bled perdu ? Qu'avions-nous fui ? L'armistice signé, la guerre continuait. Les déclarations officielles de Pétain se heurtaient aux exhortations clandestines de De Gaulle. À vrai dire, la guerre nous importait peu, mais elle avantagea notre fuite. Tous les départs étaient permis. Les relations humaines se disloquaient. Lorsque nous posâmes le pied dans la gare de Bordeaux, Thérèse et moi avions vingt-deux ans. Un train cahotant nous conduisit à Puyradour. Après des mois de galère à Paris (nous vivions aux crochets d'un homme riche et malade que nous... distrayions - je ne vous effaroucherai pas Joaquim en vous précisant la nature de ces divertissements dont Thérèse était l'enjeu principal), j'avais déniché un poste d'instituteur dans une école privée, au fin fond de la France. Le voyage durait toute la nuit. Nous nous étions mariés avant notre départ. Il était impensable de vivre en concubinage à Puyradour. Les enseignants hommes étaient pour la plupart prisonniers de guerre. La directrice qui remplaçait son mari fut soulagée de me voir débarquer dans son école. Il y a trop de femmes ici, furent ses mots de bienvenue. Elle m'engagea sans me poser de questions.

Fiche détaillée : Abel

Auteur Hugo Marsan
Editeur Mercure De France
Date de parution 31/01/2007
Collection Bleue
Format 14 cm x 21 cm
ISBN 2715226586
Illustration Pas d'illustrations

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