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Après nous vivez Didier Bazy

  • Poésie (broché). Paru en 11/2006
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Vingt ans après Primo Levi, c'est peut-être la première fois qu'un écrivain qui n'a pas subi l'expérience personnelle des camps se risque à imaginer aussi loin l'inimaginable dans un acte de création.
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Le Mot de l'éditeur : Après nous vivez

Vingt ans après Primo Levi, c'est peut-être la première fois qu'un écrivain qui n'a pas subi l'expérience personnelle des camps se risque à imaginer aussi loin l'inimaginable dans un acte de création.

«Personne ne témoigne pour le témoin» écrit Paul Celan dans son poème : «Gloire de cendres».

À partir des papiers enterrés d'Auschwitz, le poète du présent récit témoigne pour les témoins muets du coeur de l'enfer. La violence de son poème confronte chaque être de la planète humaine à la nécessité «d'appartenir» à Auschwitz. En peu de mots, le devoir de mémoire se poursuit en devoir de conscience.

Une pierre à l'édifice d'un sacré laïc et universel qui reste à inventer. Ici et maintenant.

Didier Bazy est philosophe, écrivain, poète, directeur de rédaction de la revue «La soeur de l'Ange», et traducteur d'un inédit à paraître d'Henri D. Thoreau. Très marqué par Paul Celan, Après nous vivez-, sa première oeuvre publiée, lui est dédié.

Extrait du livre :
... Je dors au-dessus du four. L'hiver, il fait chaud. Nous sommes privilégiés. Le dortoir sert de cantine. Nous mangeons bien. Double ration de soupe. Alcool à volonté. Je suis une machine d'alcool. Je crois que j'en fabrique. Un jour, j'ai bu mon urine. Je buvais de la vodka. L'alcool brûle la graisse. Quand il n'y a plus de graisse, l'alcool brûle les muscles, les os et le cerveau.
C'est bon d'être fort. Masqué et cagoule, je travaille sans cesse. Wagonnet, four, pelle. Wagonnet, four, pelle. Wagonnet de peaux et d'os. J'enfourne les vieux, les femmes et les enfants très vite, par centaines, par milliers. Des machines en uniformes les trient devant les baraques, les déshabillent, les invitent à prendre une douche désinfectante. Le gaz sort du sol. Nous attendons dehors en entendant les cris. Puis, notre travail commence vraiment.
On entre vivant aux douches, on sort mort. Rythme, rendement, productivité. Quand on travaille, on ne pense pas. J'ai vidé une douche tout seul. Dans un coin, un corps de femme. Elle vient de mettre à la machine un bébé, petit, tout petit, un chat sans poil. Il miaule. Un garde arrive, sort son revolver. Plus de miaulement. Je ramasse le minuscule paquet et le jette dans le wagonnet. Pour le four. L'avenir est au présent. La mort est notre vie. Je trouve une dent en or. Je la donne à un gardien. C'est la règle. Si le gardien est bien luné, il lance à mes pieds un morceau de pain sec. Avec la soupe, c'est du nectar. Le quignon s'imbibe et fond dans la bouche. Pas la peine de mâcher. Savourer.

Fiche détaillée : Après nous vivez

Auteur Didier Bazy
Editeur Le Grand Souffle
Date de parution novembre 2006
ISBN 2916492267
Illustration Pas d'illustrations

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