En famille Marie Ndiaye Voir tout son univers

  • Roman (broché). Paru en 04/2007
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Quelle faute Fanny a-t-elle commise ? De quoi est-elle coupable pour être ainsi rejetée par les siens qui ne paraissent pas, eux, la considérer comme des leurs ? D'ailleurs, se nomme-t-elle bien Fanny ? Que reproche-t-on à ses vingt ans ? Des amourettes, des insolences ? D'avoir séduit son cousin...
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Le Mot de l'éditeur : En famille

Quelle faute Fanny a-t-elle commise ? De quoi est-elle coupable pour être ainsi rejetée par les siens qui ne paraissent pas, eux, la considérer comme des leurs ? D'ailleurs, se nomme-t-elle bien Fanny ? Que reproche-t-on à ses vingt ans ? Des amourettes, des insolences ? D'avoir séduit son cousin Eugène ou d'avoir quitté Georges, son fiancé, «qui lui ressemblait» ? D'avoir traversé quelque crise d'originalité juvénile ; d'être le «mouton noir» qui dérange toute famille ; d'être adoptée, peut-être, ou une «pièce rapportée», comme on dit ? Aucune de ces hypothèses ne paraît se vérifier au fur et à mesure que se développe le récit. Fanny erre de maison en hôtel, du village à Paris, sa valise à la main, du foyer de son père à celui de sa mère, à la recherche de son identité plutôt qu'à celle de «tante Léda», personne ne voulant plus lui ouvrir une porte ni les bras.
En famille est la longue quête d'une explication jamais donnée, jamais esquissée, l'expression d'une révolte informulée et réduite à des étonnements, à des humiliations, à des colères baignées dans une étonnante résignation. Fanny traverse des aventures minuscules, sordides et inépuisables, parfois serveuse de hamburgers dans un fast-food, parfois violentée par un camionneur de rencontre ou bombardée à coups de prunes pourries, toujours traitée par sa «famille» avec un mystérieux et vigilant dédain.
Le grand intérêt de ce roman, outre la subtilité de sa narration et la qualité impressionnante de sa forme, c'est de traiter un problème actuel, urgent, grave, dont se détournent prudemment la plupart des écrivains, et de le traiter dans des décors de ce temps. Entreprise très littéraire, En famille est aussi un modèle de réalisme contemporain.

François Nourissier de l'académie Goncourt

Marie NDiaye est née à Pithiviers en 1967. En famille est son troisième roman. Son septième roman, Rosie Carpe a obtenu le prix Femina en 2001. Sa pièce de théâtre, Papa doit manger est rentrée au répertoire de la Comédie-Française en 2003.

Extrait du livre :
L'AÏEULE

Quand, enfin, on se fut levé pour un petit tour dans le jardin ou une partie de belote au salon, Fanny s'en alla voir l'aïeule, qui se reposait dans la chambre. Celle-ci donnait directement sur l'étroite cuisine enfumée où deux jeunes filles engagées pour la journée finissaient de laver la vaisselle, ayant, tout à l'heure, servi le repas. Comme la porte de la chambre refusait de se fermer plus qu'aux trois quarts, on distinguait de la cuisine le grand lit de l'aïeule ; et, tout au bout, un toupet de cheveux gris. Fanny avança une chaise contre le lit, si haut que le bord lui arrivait au menton. L'aïeule s'était dressée et la dévisageait avec curiosité en tiraillant les cordons de sa chemise de nuit, qui serraient le col. Fanny se souleva pour embrasser sa joue. Et il lui sembla que l'aïeule était sur le point de mourir, voyant dans ses yeux comme un immense effroi. Elle n'y avait jamais pensé, elle s'en trouva toute surprise, presque scandalisée. Des ca­deaux jetés sur le lit lui firent honte, elle qui n'avait rien apporté. Elle avait offert, l'année précédente, un beau livre sur la nature, transmettant les voeux de sa mère qui n'avait pu venir et ainsi réparant un peu cette négligence. Elle arrivait aujourd'hui les mains vides et sans la moindre excuse pour ses parents que la mort prochaine de l'aïeule n'effrayait pas, car ils avaient mille occupations, mille petits tracas les absorbant ! Responsables du malheur de Fanny, ils ne redoutaient rien comme l'ennui, la perte de temps, les activités inutiles - pas même la mort en personne, dont il semblait à Fanny qu'elle découvrait ici la figure, avec stupéfaction.
L'aïeule avait la bouche ouverte et elle ne répondit pas au baiser de Fanny. Son regard était vif encore. Elle appela Fanny par son véritable prénom et dit qu'elle était bien contente de la voir. Dans la chambre obscure, les ombres des meubles lourds enflaient, faisaient disparaître l'aïeule dont on ne voyait, va­guement, que le visage blême, comme dépouillé de chair, tout pareil à une carcasse. Fanny eut un élan d'affection, voulut saisir la main de l'aïeule, mais elle tâta la courtepointe sans la trouver et l'aïeule ne la lui donna pas. A côté, les filles parlaient haut et choquaient la vaisselle, n'entendant rien venant de la chambre.

Fiche détaillée : En famille

Auteur Marie Ndiaye
Editeur Minuit
Date de parution 05/04/2007
Collection Minuit Double
ISBN 2707320021
Illustration Pas d'illustrations

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