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Moi non, une jeunesse allemande antinazi J. Fest

  • Essai (broché). Paru en 10/2007
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C'est après une brillante carrière d'homme de radio, de publiciste et d'historien du nazisme que Joachim Fest (1926-2006) rentre en lui-même et retrace les grands événements d'une jeunesse allemande antinazie, dans le cadre de sa propre famille, plutôt aisée et cultivée. Comment a-t-il vécu le...
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Le Mot de l'éditeur : Moi non, une jeunesse allemande antinazi

C'est après une brillante carrière d'homme de radio, de publiciste et d'historien du nazisme que Joachim Fest (1926-2006) rentre en lui-même et retrace les grands événements d'une jeunesse allemande antinazie, dans le cadre de sa propre famille, plutôt aisée et cultivée. Comment a-t-il vécu le nazisme et qu'en a-t-il retenu ? Aux premiers souvenirs d'enfant, il accroche ceux de l'adolescent et du jeune homme sous l'uniforme. Récit d'un parcours initiatique, Pas moi ! est à la fois son dernier ouvrage et son oeuvre la plus personnelle. Il s'y livre avec pudeur et honnêteté.
Mais en même temps, Joachim Fest rend un hommage particulier à son père, qui a eu la ténacité de vivre au quotidien ce Pas moi ! tel un grain de sable parmi tant d'autres qui tentaient de freiner les rouages d'une dictature féroce. Son attitude en fait cependant une exception et une cible, car elle procède de deux forces, la foi et la rigueur morale, que ni le doute ni les avanies ne remettent jamais en question. Et ses redoutables accès de colère servent d'exutoire à la rage de constater combien ses moyens d'action sont dérisoires.
Dans cette somme de souvenirs, le récit des événements quotidiens alterne avec celui de tentatives presque déses­pérées de préserver ce que la culture allemande a de plus noble, sa pensée, sa littérature, sa musique. C'est l'espoir de ceux qui survivent avec leurs vies dévastées face à un pays détruit.

Joachim Fest est né en 1926, à Karlshorst, agglomération à la périphérie de Berlin, dans une famille bourgeoise, catholique pratiquante, aisée et cultivée, famille comme toutes les familles allemandes bourgeoises, mais dont l'attitude sans compromission la met au ban de la nouvelle société nazie.
Son père, sujet à des accès de colère homérique, est directeur de lycée. Politiquement engagé au parti du centre pendant la République de Weimar, il devient un adversaire irréductible du nazisme dès l'apparition de ce dernier. Vers la fin de la guerre, il est enrôlé dans un groupe de vétérans et se retrouve prisonnier des Russes durant plusieurs années.

Extrait du livre :
Comment tout se mit en place 

La tâche que je me donne s'appelle le souvenir, et chez moi comme chez tout le monde, la plupart de mes expériences sont retombées dans l'oubli. Car dans un flux incessant, la mémoire ne cesse d'isoler telle impression pour la remplacer par telle autre ou la recouvrir de strates nouvelles. Certes, des quantités d'images se présentent, mais fortuites, disparates. Sur le moment, aucune pensée ne les relie, et je ne suis arrivé à discerner le filigrane témoignant d'une continuité qu'après nombre d'années.
Pourtant, même au début de mon souvenir, certaines images occupent le premier plan : une maison bordée de broussailles folles, que mes parents disciplinèrent à mon grand regret, la pêche aux écrevisses dans la Havel, la nounou Franziska que j'adorais et qui dut regagner un jour son Lausitz natal, les camions qui passaient en trombe, drapeau au vent, remplis d'une soldatesque braillante, les excursions au Gransee et à Sans-Souci, où mon père ressassait les épisodes de la vie d'Auguste Victoria, reine de Prusse puis impératrice. Rien n'est oublié. Et quand, les dimanches d'été, la musique jouait et que les tilburys attendaient devant le Pavillon impérial, les enfants qui avaient dix ans recevaient la permission d'aller au champ de courses avec les adultes. Mon grand-père avait transformé l'ancienne friche de Treskow en un hippodrome qui passait pour le plus grand parcours d'obstacles à la ronde. Je vois encore, comme si c'était hier, le défilé des imposants chevaux avec leurs jockeys bariolés et celui des messieurs cravatés plastronnant en habit gris souris. Les femmes restaient entre elles et s'épiaient à l'ombre d'immenses chapeaux en forme de roues, cherchant une rivale à écraser d'un coup de patte.
Mon aïeul avait attiré à Karlshorst du beau monde, étrange et distingué. Lui-même était un Straeter, grande famille de marchands de drap d'Aix-la-Chapelle installée dans le Bas-Rhin, qui pouvait se permettre, une année sur deux, d'affréter un train pour être reçue à Rome par le pape en audience privée. Le hasard mit le jeune Straeter en rapport avec les milieux de l'aristocratie française. À vingt ans déjà, «maréchal des voyages» du duc de Sagan, on l'envoya à Donaueschingen comme inspecteur du prince Von Fürstenberg. Il passa ainsi ses années de jeunesse dans des demeures nobles, et fit la connaissance de ma grand-mère au château de Valençay, l'ancienne propriété de Talleyrand, où elle était dame de cour auprès des Fürstenberg. Ce fut le grand amour, qui dura jusqu'à l'âge de Philémon et de Baucis. Puis la guerre vint tout détruire. Pendant longtemps, on parla surtout français chez eux, la cuisine était française, soupe à l'oignon, pâté de canard et crème caramel. Le grand-père possédait dans sa bibliothèque la plupart des classiques de la littérature française, reliés en pleine peau. Je l'entendais parfois déclamer Racine en faisant les cent pas devant sa table de travail, mais il préférait Balzac et Flaubert.
Mon aïeul arriva à Berlin au moment de l'affaire Heinze, en 1890. Selon les uns, le couple maudit avait assassiné un riche propriétaire, selon les autres, une demoiselle des bonnes oeuvres ou encore une prostituée, selon l'hypothèse la plus vraisemblable. Mon grand-père et beaucoup d'autres évoquèrent tout de suite Jack l'Éventreur. Au cours du procès, Gotthilf Heinze déclara cependant avoir agi pour attirer l'attention sur la scandaleuse pénurie de logements qui sévissait à Berlin.
L'important, ce fut qu'en réaction à cette affaire, plusieurs familles aisées fondèrent un certain nombre d'associations philanthropiques destinées à promouvoir des colonies d'habitations. Sous le patronage du prince Von Fürstenberg, le président de la Chambre Hentig lança le projet le plus ambitieux. Les Treskow, installés non loin de là depuis 1816, à Friedrichsfeld, y participèrent, ainsi qu'August von Dönhoff, les Lehndorff et d'autres familles en vue. Cette association compta parmi ses premiers membres l'architecte Oscar Gregorovius auquel succéda son confrère Peter Behrens.

Fiche détaillée : Moi non, une jeunesse allemande antinazi

Auteur J. Fest
Editeur Rocher Eds Du
Date de parution octobre 2007
Format 14cm x 23cm
ISBN 2268062945
EAN 978-2268062945
Illustration Pas d'illustrations

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