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Ultimes vérités sur la mort du nageur Jean-Yves Masson
- Roman (broché). Paru en 08/2007
- Expédié sous 4 à 8 jours
Qu'ils y reviennent ou le quittent sans espoir de retour, qu'ils en poursuivent le souvenir ou cherchent à lui échapper, qu'ils y vivent seuls ou dans le huis clos infernal d'une famille, les personnages de ce livre affrontent le secret de leur existence à travers un lieu auquel ils sont liés -...
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Le Mot de l'éditeur : Ultimes vérités sur la mort du nageur
Qu'ils y reviennent ou le quittent sans espoir de retour, qu'ils en poursuivent le souvenir ou cherchent à lui échapper, qu'ils y vivent seuls ou dans le huis clos infernal d'une famille, les personnages de ce livre affrontent le secret de leur existence à travers un lieu auquel ils sont liés - maison, jardin, contrée ou île.
Tous font l'expérience cruciale du rêve qui bouleverse leur destinée et les arrache à eux-mêmes pour les projeter dans l'énigme du monde.
Pour le meilleur et pour le pire, les uns lucides, les autres non, de bonne ou de mauvaise foi, héroïques ou lâches, ils ont choisi d'habiter la maison de l'écriture pour arracher au silence un peu de l'inconnu qui est en eux.
Extrait du livre :
Un égarement
J'habite une maison à la frontière. J'y suis né, j'y ai grandi. Mes parents y sont morts, et j'espère, moi aussi, y mourir un jour. Une maison à la frontière : du moins est-ce là que j'ai vécu longtemps, si longtemps qu'il ne me semble pas l'avoir quittée, que je ne parviens pas à le croire, ou qu'il me semble ne l'avoir laissée que depuis quelques jours. Mais peut-être est-ce une illusion, car il y a longtemps que je suis en voyage.
J'ai passé là toute ma vie, jusqu'au jour que je vais dire. J'appris les deux langues de cette terre à l'école de la petite cité qui se trouvait en bas de la colline, près de la vieille mine aujourd'hui abandonnée où mon père travaillait. Mes parents semblaient des voyageurs venus de loin qui s'étaient arrêtés un jour au bord de la frontière, comme s'ils n'avaient pas osé la franchir. Ce pays fut donc le mien. J'appris ses deux langues, car on les parle de part et d'autre, et j'appris à les aimer toutes les deux. Ce n'est pas seulement le culte d'un bonheur ancien qui me retint plus tard dans ce lieu : son étrange situation me satisfait. Les choses sont si semblables d'un côté et de l'autre que la frontière en est d'autant plus mystérieuse.
Elle passe derrière la maison, dans un grand bois dont l'entretien incombait depuis toujours, lorsque mes parents s'installèrent là, aux locataires de cette ancienne villa. En en devenant propriétaires au bout de quelques années, peu après ma naissance, ils durent en même temps s'engager à continuer d'assurer la garde forestière, dont personne alentour ne voulait. Cette charge ne leur déplaisait pas. C'est ainsi que, dans mon enfance, je voyais mon père partir dans la forêt chaque dimanche, de longues heures durant, pour tracer des sentiers. Bientôt, je l'accompagnai dans ses marches jusqu'à la frontière. Au bout d'un grand chemin très droit, un vieil écriteau indiquait le passage, et je m'amusais à sauter par-dessus la ligne mystérieuse, ou encore à garder un pied dans mon pays tout en ayant déjà l'autre en terre étrangère. Elle était là, muette présence, presque vivante, diaphragme invisible entre deux mondes, deux langues, deux façons de nommer le jour, la nuit ou le sommeil. J'en conçus pour elle un respect sacré.
À la suite de mon père, j'appris à entretenir les sentiers, à en tracer de nouveaux, à indiquer aux bûcherons les arbres qu'il fallait couper.
Tous font l'expérience cruciale du rêve qui bouleverse leur destinée et les arrache à eux-mêmes pour les projeter dans l'énigme du monde.
Pour le meilleur et pour le pire, les uns lucides, les autres non, de bonne ou de mauvaise foi, héroïques ou lâches, ils ont choisi d'habiter la maison de l'écriture pour arracher au silence un peu de l'inconnu qui est en eux.
Extrait du livre :
Un égarement
J'habite une maison à la frontière. J'y suis né, j'y ai grandi. Mes parents y sont morts, et j'espère, moi aussi, y mourir un jour. Une maison à la frontière : du moins est-ce là que j'ai vécu longtemps, si longtemps qu'il ne me semble pas l'avoir quittée, que je ne parviens pas à le croire, ou qu'il me semble ne l'avoir laissée que depuis quelques jours. Mais peut-être est-ce une illusion, car il y a longtemps que je suis en voyage.
J'ai passé là toute ma vie, jusqu'au jour que je vais dire. J'appris les deux langues de cette terre à l'école de la petite cité qui se trouvait en bas de la colline, près de la vieille mine aujourd'hui abandonnée où mon père travaillait. Mes parents semblaient des voyageurs venus de loin qui s'étaient arrêtés un jour au bord de la frontière, comme s'ils n'avaient pas osé la franchir. Ce pays fut donc le mien. J'appris ses deux langues, car on les parle de part et d'autre, et j'appris à les aimer toutes les deux. Ce n'est pas seulement le culte d'un bonheur ancien qui me retint plus tard dans ce lieu : son étrange situation me satisfait. Les choses sont si semblables d'un côté et de l'autre que la frontière en est d'autant plus mystérieuse.
Elle passe derrière la maison, dans un grand bois dont l'entretien incombait depuis toujours, lorsque mes parents s'installèrent là, aux locataires de cette ancienne villa. En en devenant propriétaires au bout de quelques années, peu après ma naissance, ils durent en même temps s'engager à continuer d'assurer la garde forestière, dont personne alentour ne voulait. Cette charge ne leur déplaisait pas. C'est ainsi que, dans mon enfance, je voyais mon père partir dans la forêt chaque dimanche, de longues heures durant, pour tracer des sentiers. Bientôt, je l'accompagnai dans ses marches jusqu'à la frontière. Au bout d'un grand chemin très droit, un vieil écriteau indiquait le passage, et je m'amusais à sauter par-dessus la ligne mystérieuse, ou encore à garder un pied dans mon pays tout en ayant déjà l'autre en terre étrangère. Elle était là, muette présence, presque vivante, diaphragme invisible entre deux mondes, deux langues, deux façons de nommer le jour, la nuit ou le sommeil. J'en conçus pour elle un respect sacré.
À la suite de mon père, j'appris à entretenir les sentiers, à en tracer de nouveaux, à indiquer aux bûcherons les arbres qu'il fallait couper.
Fiche détaillée : Ultimes vérités sur la mort du nageur
| Auteur | Jean-Yves Masson |
|---|---|
| Editeur | Verdier |
| Date de parution | août 2007 |
| Collection | Litterature |
| ISBN | 2864325063 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
| Nombre de pages | 128 |
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