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Le sablier vert
Michel Jeury
- Roman (broché). Paru en 09/2007
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Si l'Empire a rejeté la technologie et prône le refus du développement scientifique pour libérer l'homme de ses contraintes, ce n'est pas sans imposer d'autres limites à ses sujets. Taël, un jeune archéologue, se doit de les contourner s'il veut retrouver, dans les ruines de Dirak, le mythique...
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Le Mot de l'éditeur : Le sablier vert
Si l'Empire a rejeté la technologie et prône le refus du développement scientifique pour libérer l'homme de ses contraintes, ce n'est pas sans imposer d'autres limites à ses sujets. Taël, un jeune archéologue, se doit de les contourner s'il veut retrouver, dans les ruines de Dirak, le mythique Sablier Vert, dont on dit qu'il a toutes les réponses aux questions que l'Homme se pose. Mais il faut aussi savoir poser les bonnes questions, et le voyage de Taël entrouvre des portes sur l'avenir, sur les avenirs possibles, et sur le chemin qui mène à la maîtrise de sa destinée. Le temps est un sable vert dit le sage, et finalement, c'est la façon dont il s'écoule qui rend le monde si exaltant. Michel Jeury est l'un des grands maîtres de la science fiction française mais a consacré ces dernières années à des romans plus tournés vers l'Histoire, comme le très populaire La petite école dans là montagne. Le retrouver dans une oeuvre majeure du genre est un bonheur qui ne se refuse guère.
Extrait du livre :
Archéologue de la Maison impériale, Taël occupait un petit appartement de fonction dans le quartier administratif de l'Ancien Temple, au bord du fleuve. Il apercevait, de l'autre côté du Bolidak, les ruelles et les taudis de Zolan. Il voyait de sa fenêtre le linge multicolore sécher autour des cabanes et la foule misérable grouiller sur la place des Mille Serpents. À cette distance - le fleuve avait trois rois de large, plus d'un demi-kilomètre - le spectacle était assez pittoresque. Mais il arrivait parfois à Taël de se promener sur l'autre rive ou de l'observer à la jumelle. Il savait quelle somme de pauvreté et de souffrance dissimulait le pittoresque de Zolan.
Dans certains quartiers, un bébé sur quatre ne dépassait pas une semaine de vie. Et les autres, les enfants qui avaient survécu, erraient en grand nombre, affamés et illettrés, au milieu des détritus, des chiens galeux, des reptiles, des rats et des singes. Les hommes cherchaient désespérément n'importe quel travail, prêts à tout pour gagner les quelques abads qui leur permettraient à eux et à leur famille de ne pas mourir de faim jusqu'au lendemain. Les femmes louaient leurs services aux riches familles de la rive gauche... Une heure de ménage, songeait Taël, ne se paie pas plus que deux oeufs de diok : les machines sont donc inutiles ! Les filles de Zolan se prostituaient parfois ; les plus jolies arrivaient même jusqu'à la cour impériale, bien qu'Abad Emine luttât contre ces pratiques. Quant aux vieillards, ils mouraient de faim, de froid ou de n'importe quelle infection. Les antibiotiques existaient en Eristan; mais on en produisait peu; ils coûtaient cher et ils étaient naturellement réservés aux classes possédantes ou aisées de la société. La République changerait-elle la vie des pauvres gens de Zolan, de Tchervom, de Solak - des quinze ou vingt millions de parias qui peuplaient l'Eristan, à côté de trente millions de citoyens plus ou moins privilégiés, sous la domination des Princes ? Taël avait des amis qui le croyaient sincèrement. Lui-même en doutait. On ne vain-14 crait pas la pauvreté en quelques mois...
Il regardait avec mélancolie le soleil s'élever au-dessus du fleuve. La belle saison apportait au moins à ces gens une atténuation de leur souffrance. La vie continuait. Des enfants étaient en train de construire un radeau avec des morceaux de planches, des débris de caisses ramassés dans le courant. Personne ne leur signalait le danger. Si quelques-uns se noyaient, cela ferait des bouches de moins à nourrir !
Le bruit de deux pieds nus glissant sur le plancher ciré de la chambre troubla Taël dans sa contemplation. Il partageait l'appartement avec Djadine, son assistante. La jeune fille venait de se réveiller. Elle avançait en se frottant les yeux vers la fenêtre grande ouverte, près de laquelle se tenait Taël.
Extrait du livre :
Archéologue de la Maison impériale, Taël occupait un petit appartement de fonction dans le quartier administratif de l'Ancien Temple, au bord du fleuve. Il apercevait, de l'autre côté du Bolidak, les ruelles et les taudis de Zolan. Il voyait de sa fenêtre le linge multicolore sécher autour des cabanes et la foule misérable grouiller sur la place des Mille Serpents. À cette distance - le fleuve avait trois rois de large, plus d'un demi-kilomètre - le spectacle était assez pittoresque. Mais il arrivait parfois à Taël de se promener sur l'autre rive ou de l'observer à la jumelle. Il savait quelle somme de pauvreté et de souffrance dissimulait le pittoresque de Zolan.
Dans certains quartiers, un bébé sur quatre ne dépassait pas une semaine de vie. Et les autres, les enfants qui avaient survécu, erraient en grand nombre, affamés et illettrés, au milieu des détritus, des chiens galeux, des reptiles, des rats et des singes. Les hommes cherchaient désespérément n'importe quel travail, prêts à tout pour gagner les quelques abads qui leur permettraient à eux et à leur famille de ne pas mourir de faim jusqu'au lendemain. Les femmes louaient leurs services aux riches familles de la rive gauche... Une heure de ménage, songeait Taël, ne se paie pas plus que deux oeufs de diok : les machines sont donc inutiles ! Les filles de Zolan se prostituaient parfois ; les plus jolies arrivaient même jusqu'à la cour impériale, bien qu'Abad Emine luttât contre ces pratiques. Quant aux vieillards, ils mouraient de faim, de froid ou de n'importe quelle infection. Les antibiotiques existaient en Eristan; mais on en produisait peu; ils coûtaient cher et ils étaient naturellement réservés aux classes possédantes ou aisées de la société. La République changerait-elle la vie des pauvres gens de Zolan, de Tchervom, de Solak - des quinze ou vingt millions de parias qui peuplaient l'Eristan, à côté de trente millions de citoyens plus ou moins privilégiés, sous la domination des Princes ? Taël avait des amis qui le croyaient sincèrement. Lui-même en doutait. On ne vain-14 crait pas la pauvreté en quelques mois...
Il regardait avec mélancolie le soleil s'élever au-dessus du fleuve. La belle saison apportait au moins à ces gens une atténuation de leur souffrance. La vie continuait. Des enfants étaient en train de construire un radeau avec des morceaux de planches, des débris de caisses ramassés dans le courant. Personne ne leur signalait le danger. Si quelques-uns se noyaient, cela ferait des bouches de moins à nourrir !
Le bruit de deux pieds nus glissant sur le plancher ciré de la chambre troubla Taël dans sa contemplation. Il partageait l'appartement avec Djadine, son assistante. La jeune fille venait de se réveiller. Elle avançait en se frottant les yeux vers la fenêtre grande ouverte, près de laquelle se tenait Taël.
Fiche détaillée : Le sablier vert
| Auteur | Michel Jeury |
|---|---|
| Editeur | Le Navire En Pleine Ville |
| Date de parution | septembre 2007 |
| Collection | Sous Le Vent |
| ISBN | 2916517146 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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