La poste est la consolation de la vie, les absents deviennent par elle présents» écrivait Voltaire, en 1770, dans ses Questions sur l'Encyclopédie. Rien n'est plus vrai en temps de guerre,...
Extrait du livre :PATRICK MARCHAND, COMMISSAIRE DE L'EXPOSITION
VIVRE MALGRÉ TOUT
La poste est la consolation de la vie, les absents deviennent par elle présents» écrivait Voltaire, en 1770, dans ses Questions sur l'Encyclopédie. Rien n'est plus vrai en temps de guerre, moments de souffrance où la poste joue un rôle accru. Que reste-t-il aux familles disloquées pour combler l'absence sinon ces lettres que l'on attend fiévreusement tous les jours ? Maintenir le lien postal n'est pas seulement un enjeu stratégique. La correspondance est essentielle pour briser l'attente au quotidien. Car pour tous, l'expérience de la guerre est celle de la langueur rythmée par la visite du facteur ou l'arrivée du vaguemestre. L'exposition «Guerre et Poste» retrace une histoire de la vie ordinaire des soldats et de leurs familles durant les temps de conflits. Ordinaire ? Pas tout à fait. La vie de tous les jours dans un pays en guerre où la pénurie s'installe est, au sens propre du terme, extraordinaire. Sur un territoire encerclé par l'ennemi, les assiégés s'organisent et inventent des moyens de percer la ligne. Coûte que coûte. C'est ainsi que les Parisiens, en 1870, utilisèrent la voie des airs pour transporter par ballon des sacs de lettres, et des pigeons dont le destin fut plus heureux que les passeurs arrêtés par les Prussiens. Alors se dressent des figures de héros qui s'illustrent par des actions d'éclat comme Juliette Dodu, cet agent du Télégraphe, qui permit, par son espionnage, de déjouer les manoeuvres de l'ennemi. Que dire de cette formidable invention que furent les boules de Moulins, sphères de zinc étanches remplies de courrier et jetées dans la Seine pour apporter aux assiégés des nouvelles de la province ? Une belle idée... malheureusement sans lendemain.
S'il est une idée étrangère à la guerre, c'est bien celle de l'abondance. Avec les guerres s'installent les carences, les privations, les restrictions. Mais dans ces économies du manque, le génie se réveille. Nos poilus de 14-18, quand ils ne montent pas à l'assaut, passent leur temps à fabriquer des objets de toute nature, coupe-papier, stylos, briquets, cadre-photos, bagues... au moyen de douilles et de fragments d'obus. L'artisanat de tranchée fleurit sur le front et fait le «bonheur» des familles à l'arrière. Cette économie de la récupération est réactivée durant les temps d'occupation après 1940. On fait alors feu de tout bois. Là, c'est la toile de parachute qui sera réutilisée pour la confection d'une robe de baptême. Ici, des semelles de chaussures seront taillées dans le bois.