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Devenir psychanaliste et le rester Serge André

  • Etude (broché). Paru en 07/2007
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Cet intitulé comporte trois éléments et j'y ajouterai un quatrième, dont l'absence doit être soulignée : c'est : être. Il ne s'agit en aucune manière, dans mon projet, d'être psychanalyste. Ce n'est pas d'un être qu'il s'agit, mais d'une fonction qui se faufile entre réel et fiction, et qui est...
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Le Mot de l'éditeur : Devenir psychanaliste et le rester

Cet intitulé comporte trois éléments et j'y ajouterai un quatrième, dont l'absence doit être soulignée : c'est : être. Il ne s'agit en aucune manière, dans mon projet, d'être psychanalyste. Ce n'est pas d'un être qu'il s'agit, mais d'une fonction qui se faufile entre réel et fiction, et qui est produite par le discours de l'analysant. «Devenir analyste» et «le rester», ce n'est pas la même chose, ce n'est pas du même désir qu'il s'agit. Entre les deux, trois petits points de suspension nous indiquent un temps d'élaboration, de mutation, temps sur lequel l'expérience dite de la passe devrait permettre de jeter un certain éclairage, si elle réussit un jour.
«Lacan dit que...», cette formule tend irrésistiblement à devenir, dans le cercle des analystes qui se réclament de lui, non pas une clef pour ouvrir la discussion, mais au contraire un verrou qui la clôture. C'est contre cet usage, ce mesurage de la parole de Lacan - comme de Freud aussi bien - que je lutte, parce que je suis convaincu que les paroles de Freud et de Lacan ne sont ni des paroles d'évangile, ni des versets de liturgie, ni même des vérités établies, mais avant tout des formulations d'un désir qui vise l'origine ou la cause du fait humain.

Serge André est l'auteur de Que veut une femme et de L'Imposture perverse. Depuis sa mort en 2003 et l'édition régulière de ses travaux, il apparaît de plus en plus clairement qu'il fut un auteur et un psychanalyste de tout premier plan, et qu'il nous laisse une oeuvre majeure.

Extrait du livre :
FANTASME SADIQUE ET RELATION PSYCHANALYTIQUE

Les derniers écrits de Ferenczi, aussi bien que les sortes de Mémoires de François Perrier, invitent à résoudre la question des rapports qui peuvent s'établir entre le fantasme sadique et la relation psychanalytique. Cette question ne mérite vraiment d'intérêt que si nous l'entendons comme une question portant sur la structure même de la relation qui s'établit entre le psychanalyste et le psychanalysant. Je veux dire qu'il est secondaire de se demander si, dans tel ou tel cas déterminé, l'action du psychanalyste ne serait pas commandée par la position sadique que lui assignerait le fantasme qui serait le sien - car, en tant que sujet, il a, comme n'importe quel sujet, un fantasme fondamental. Il peut arriver que cette question se pose effectivement et qu'il soit important de la résoudre pour les deux sujets concernés - c'est là qu'il faut situer le drame personnel de Ferenczi -, mais nous ne sommes là qu'au niveau du cas particulier. La question cruciale - non pour tel ou tel sujet, mais pour toute analyse, quels que soient les sujets qui s'y trouvent mis en présence - c'est de savoir si la relation analytique n'est pas, par elle-même, structurée de telle façon qu'inéluctablement, elle prenne la voie du fantasme pervers spécifique qu'est - et ici j'introduis une petite modification de terminologie - le fantasme sadien. Je parlerai du fantasme sadien, plutôt que du fantasme sadique ou du fantasme sado-masochiste, non seulement pour rendre manifeste la référence au personnage historique du marquis de Sade, mais surtout parce que cette référence nous amènera à repérer que le fantasme sadien est plus qu'un fantasme sadique. En effet, le fantasme sadien - et c'est Lacan qui est le premier à l'avoir repéré et même à l'avoir formalisé - est une construction à deux versants, et ces deux versants sont, à certains égards, en stricte opposition.

Je ne pense pas que la relation analytique soit une relation perverse, et je crois que le désir de l'analyste est à situer exactement à l'opposé du désir pervers. Mais je crois aussi que l'on ne peut saisir la fonction par laquelle le psychanalyste fait quelque chose qui est plus que l'interprétation ou le chiffrage du discours du sujet, la fonction par laquelle on peut dire que le psychanalyste opère sur la jouissance. On ne peut saisir cette fonction que si l'on repère quand, comment et pourquoi la situation psychanalytique rencontre, croise, traverse la structure du fantasme pervers, et plus spécialement du fantasme sadien. Qu'est-ce qui, dans la relation analytique, peut évoquer la relation du bourreau sadien à sa victime ? Je dirai qu'il y a d'entrée de jeu, une donne initiale qui comporte cette question ou cette potentialité comme une question sur le désir de l'analyste. Ferenczi l'avait d'ailleurs bien repéré, même si ensuite, la prégnance de son propre fantasme lui interdit d'en trouver l'issue et la solution. Il est un fait que le psychanalyste ne se conçoit, n'acquiert d'existence, en tant que psychanalyste, que vis-à-vis de la plainte d'un, ou d'une, qui souffre : pour qu'il y ait du psychanalyste, il faut qu'il y ait un sujet qui souffre et qui vienne chez lui porter sa plainte. Mais ce n'est pas encore assez dire : après tout, le médecin, l'avocat, je juge, le prêtre, eux aussi, ont ce statut d'autres de la plainte. Et, à l'occasion, chez eux aussi on pourra suspecter quelque sadisme latent. Mais ce qui distingue le psychanalyste de ceux que je viens de citer, c'est que lui, il ne plaint pas, il ne plaint pas celui qui se plaint. (...)

Fiche détaillée : Devenir psychanaliste et le rester

Auteur Serge André
Editeur Luc Pire
Date de parution juillet 2007
Collection Que
Format 14cm x 20cm
ISBN 2874158364
EAN 978-2874158360
Illustration Pas d'illustrations
Nombre de pages 298

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