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Fantaisie pour deux colonels et une piscine Mario De Carvalho, Marie-Hélène Piwnik (Traduction)

  • Roman (broché). Paru en 10/2007
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Sur fond de post-Révolution des Oeillets, deux couples improbables nous entraînent de Lisbonne à l'Alentejo, dessinant ainsi un ballet aussi cruel qu'hilarant. Sur un ton burlesque et anecdotique, ce récit brosse un portrait satirique et pessimiste du Portugal contemporain.
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Le Mot de l'éditeur : Fantaisie pour deux colonels et une piscine

Sur fond de post-Révolution des Oeillets, deux couples improbables nous entraînent de Lisbonne à l'Alentejo, dessinant ainsi un ballet aussi cruel qu'hilarant. Sur un ton burlesque et anecdotique, ce récit brosse un portrait satirique et pessimiste du Portugal contemporain.
La décrépitude de ces deux colonels en retraite et de leurs épouses emblématise une décadence globale qui ne touche d'ailleurs pas seulement le Finisterrae européen. La piscine qu'ils construisent dans une région subdésertique pour ne pas s'y baigner constitue dès lors le refuge d'un passé sans cesse évoqué et regretté, mais aussi d'un présent lourd de compromissions qu'effraient les excès d'une modernité prise pour cible par un narrateur ludique et incisif.

Extrait du livre :
Tout en bas, dans ce paysage incrusté dans la dure permanence des choses, et où seuls commandent châteaux élevés, menhirs et cromlechs, détonne par son bleu azuréen et saisit par sa transparence la pis­cine, supermoderne et conçue à base de fluides chers et raffinés. Aluminium et PVC sautent aux yeux, formant, quand on regarde de haut, une cavité bleue, sorte d'oeil-de-boeuf dénaturé dans ce paysage tout en prés et chênaies, bercé par les sonnailles espacées de troupeaux qui se répondent dans les vallons, et s'en viennent mourir doucement au creux des ruelles séparant les murs bas des fermes au tour peint en jaune, aux fenêtres rares, juste de quoi donner de la fraîcheur et protéger l'intimité. Si encore c'était un bassin d'arrosage, il y aurait à la surface un vert allant avec d'honnêtes limons, couleuvres d'eau et assimilés, nénuphars et repaires obscurs de crapauds, chaux des margelles patinée par les mousses. Mais c'est une piscine implantée à partir de magazines en couleurs venus d'horizons lointains, et qu'expliquent des modes d'emploi en sept ou huit langues. Le négligé de la corne d'abondance, qui déverse sa tumultueuse cascade à la surface, l'auvent-pergola, et son bougainvillier, qui aboutit à un mur contre lequel est appuyée, avec naturel, une vieille échelle encore tachée de peinture blanche, est un décor, une touche personnelle imaginée par le colonel Bernardes, qui ne se fait pas remarquer, au fait, par son originalité et reproduit sans le savoir des centaines de cornes d'abondance, centaines de pergolas, centaines d'auvents, centaines de bougainvilliers, dans tout ce Sud.
On décrète une minute de silence boudeuse et méditative.
Qui ne va pas jusqu'à la fin parce que les airs s'obscurcissent légèrement comme d'une rumeur, grondement lointain perdu dans la ramure, qui grandit, diminue, s'équilibre, plane, monte, s'amplifie, éclate, résonne et rebondit, emplit tout le vide de l'espace, fait vibrer le moindre tronc, la moindre feuille, la moindre tuile, et en même temps qu'elle ondoie, lâche une sauvage éructation : «OOOla, OOOlaa, OOOlaaa, OOOlaaaaa», c'est la clameur du stade de foot qui revient, elle a déjà fait le tour du pays, un ricochet par les montagnes de Barroso, et vole à présent au-dessus de nos têtes, voulant tout submerger et raser sur son passage. Le discours, l'écriture s'interrompent, comme d'ailleurs toute activité rationnelle, tandis que le tintamarre faiblit, reflue aux origines, de façon que je puisse alléguer ce qui suit, à la décharge des colonels :
ô Muse excellente et autres magnifiques divinités, il faut leur rendre cette justice qu'ils ne placent pas de barbelés dans les branches des arbres, ne laissent pas les sacs d'engrais à l'air libre, n'abandonnent pas de vieilles mécaniques et autres engins en plein champ, ne jettent pas de décombres sur les routes, ne tuent pas d'outardes et autres oiseaux protégés, n'empoisonnent pas la faune prédatrice, ne coupent pas les jeunes yeuses pour faire du fagot, ne plantent pas d'eucalyptus ou de mimosas, n'allument pas de feux au mois d'août, ne laissent pas tomber par terre leurs écorces de pastèque, ne se soustraient pas à l'impôt, ne se compromettent pas dans des affaires louches et, de façon générale, font le tri des déchets, les empilent, les mettent dans les sacs adéquats et, très régulièrement, vont porter le tout dans le conteneur municipal le plus proche qui, d'ordinaire, déborde de mauvaises odeurs et nourrit des milliards de mouches, taons et guêpes.
Or donc, et au nom de la justice naturelle, il convient, belle muse, que tu prennes note de ces sons qui, si l'on tend l'oreille, proviennent des demeures de nos colonels et répandent les rythmes amènes d'Albinoni et de Monteverdi, dont seuls profiteront ceux qui sont tout près.
On n'en dira pas autant du bruit que fait cet homme là-bas au loin qui roule sur la route en soulevant la poussière, et qui a pour nom Desidério.

Fiche détaillée : Fantaisie pour deux colonels et une piscine

Auteur Mario De Carvalho
Traduction Marie-Hélène Piwnik
Editeur Bourgois
Date de parution octobre 2007
Collection Litterature Etrangere
ISBN 2267019388
EAN 978-2267019384
Illustration Pas d'illustrations
Nombre de pages 178

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