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Femmes de plaisir François Bott
- Essai (broché). Paru en 10/2007
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«Elles sont à l'opposé des femmes extrêmes. Le contraire des femmes fatales. Ce sont les gourmandes, les femmes de plaisirs, les dames de coeur. Épicuriennes par nature et par inclination, par vocation, Mme de Sévigné, Mme de Tencin, Juliette Récamier, Colette, Arletty, Louise de Vilmorin,...
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Le Mot de l'éditeur : Femmes de plaisir
«Elles sont à l'opposé des femmes extrêmes. Le contraire des femmes fatales. Ce sont les gourmandes, les femmes de plaisirs, les dames de coeur. Épicuriennes par nature et par inclination, par vocation, Mme de Sévigné, Mme de Tencin, Juliette Récamier, Colette, Arletty, Louise de Vilmorin, Françoise Sagan se ressemblaient, malgré les différences d'époque, de style et de mode. Elles avaient un air de famille. C'étaient des héroïnes de la vie, des charmeuses de l'existence, et celle-ci leur rendait la politesse. Elles croyaient à la légitimité du bonheur et mettaient le malheur en résidence surveillée.», écrit Françoit Bott. Il évoque aussi Virginia Woolf et Katherine Mansfield, qui auraient pu se rencontrer un après-midi de septembre 1917 à Londres.
François Bott a l'art, en quelques pages délicates et légères, de restituer une allure, une silhouette, une insolence à vivre. Un bonheur de lecture pour les amateurs de femmes.
François Bott a longtemps dirigé Le Monde des livres. Il a publié, entre autres ouvrages, au cherche midi, Dieu prenait-il du calé ?, Faut-il rentrer de Montevideo ?, Femmes extrêmes, Sur la planète des sentiments.
Extrait du livre :
Mme de Sévigné
L'alibi de la marquise
Dès les années 1660 et 1670, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, semblait nous avertir qu'il y aurait en France deux écoles littéraires : celle des salons et celle des bistrots. Cette dame était réputée pour avoir trois passions dans l'existence : sa fille, sa correspondance... et le chocolat. La dernière de ces passions n'était pas la plus anodine. The last but not the least... Car je soupçonne la marquise de n'avoir pas aimé sa fille. Du moins, pas autant, pas vraiment. Ce qu'elle aimait surtout, c'était écrire. Lui écrire. «J'aime tant à vous écrire, ma fille, que je vous préfère absente», exilée dans une lointaine province... Terrible aveu de la part d'une mère. Voilà ce qu'on appelle un scoop en 2007. La bonne dame ne mâchait pas ses mots. Elle n'était pas si précautionneuse ni si prude. Parfois, elle ne redoutait pas de parler crûment, comme si elle avait fréquenté toute sa vie les bivouacs des mousquetaires et partagé les ripailles ou les chevauchées de M. d'Artagnan. Comme sa fille - cette coincée, cette pimbêche de Mme de Grignan - lui demandait, sur le ton du reproche, si elle n'avait pas employé le mot «foutre» la veille au soir, la marquise répondit : «J'ai dû dire le f et passer outre.» On imagine les lèvres pincées de Françoise, «La plus belle fille de France», selon sa mère. Même si c'était vrai, je vote pour la Sévigné. Je la préfère mille fois à Mme de Grignan.
Des générations de lycéens se sont demandé pourquoi cette marquise aimait tellement sa fille, qui le lui rendait si peu. Les voici renseignés et rassurés. À présent, ils savent que cette passion maternelle, ce penchant immodéré, n'était qu'un prétexte, un alibi pour satisfaire la gourmandise des mots, la boulimie d'écrire, et savourer les bonheurs que cela procure. Évoquant ses lettres, Mme de Sévigné disait que c'était «un torrent» qu'elle ne pouvait arrêter. Sans mettre en doute la sincérité de cet amour maternel, Sainte-Beuve lui-même parle d'une «contenance» que se donnait la marquise, d'un «éventail» qu'elle agitait. Presque un leurre. Que faisait Marie de son existence ? Je l'imagine épistolière du petit jour, tenant sa correspondance alors que Paris dormait encore, et parlant de métaphysique ou de ses rhumatismes. C'est une profession qui soutient l'administration des postes... Le reste du temps, la marquise appréciait les charmes du désoeuvrement. Elle menait une «vie de loisir et de causerie». L'après-midi, elle recevait quelques amies, dont Mme de La Fayette. Et l'on potinait, on papotait devant une tasse de chocolat. Marie était le meilleur exemple de ce qu'on appelle «l'esprit de conversation», car elle «mettait de l'art jusque dans sa vie. Négligemment», comme le dit encore Sainte-Beuve.
François Bott a l'art, en quelques pages délicates et légères, de restituer une allure, une silhouette, une insolence à vivre. Un bonheur de lecture pour les amateurs de femmes.
François Bott a longtemps dirigé Le Monde des livres. Il a publié, entre autres ouvrages, au cherche midi, Dieu prenait-il du calé ?, Faut-il rentrer de Montevideo ?, Femmes extrêmes, Sur la planète des sentiments.
Extrait du livre :
Mme de Sévigné
L'alibi de la marquise
Dès les années 1660 et 1670, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, semblait nous avertir qu'il y aurait en France deux écoles littéraires : celle des salons et celle des bistrots. Cette dame était réputée pour avoir trois passions dans l'existence : sa fille, sa correspondance... et le chocolat. La dernière de ces passions n'était pas la plus anodine. The last but not the least... Car je soupçonne la marquise de n'avoir pas aimé sa fille. Du moins, pas autant, pas vraiment. Ce qu'elle aimait surtout, c'était écrire. Lui écrire. «J'aime tant à vous écrire, ma fille, que je vous préfère absente», exilée dans une lointaine province... Terrible aveu de la part d'une mère. Voilà ce qu'on appelle un scoop en 2007. La bonne dame ne mâchait pas ses mots. Elle n'était pas si précautionneuse ni si prude. Parfois, elle ne redoutait pas de parler crûment, comme si elle avait fréquenté toute sa vie les bivouacs des mousquetaires et partagé les ripailles ou les chevauchées de M. d'Artagnan. Comme sa fille - cette coincée, cette pimbêche de Mme de Grignan - lui demandait, sur le ton du reproche, si elle n'avait pas employé le mot «foutre» la veille au soir, la marquise répondit : «J'ai dû dire le f et passer outre.» On imagine les lèvres pincées de Françoise, «La plus belle fille de France», selon sa mère. Même si c'était vrai, je vote pour la Sévigné. Je la préfère mille fois à Mme de Grignan.
Des générations de lycéens se sont demandé pourquoi cette marquise aimait tellement sa fille, qui le lui rendait si peu. Les voici renseignés et rassurés. À présent, ils savent que cette passion maternelle, ce penchant immodéré, n'était qu'un prétexte, un alibi pour satisfaire la gourmandise des mots, la boulimie d'écrire, et savourer les bonheurs que cela procure. Évoquant ses lettres, Mme de Sévigné disait que c'était «un torrent» qu'elle ne pouvait arrêter. Sans mettre en doute la sincérité de cet amour maternel, Sainte-Beuve lui-même parle d'une «contenance» que se donnait la marquise, d'un «éventail» qu'elle agitait. Presque un leurre. Que faisait Marie de son existence ? Je l'imagine épistolière du petit jour, tenant sa correspondance alors que Paris dormait encore, et parlant de métaphysique ou de ses rhumatismes. C'est une profession qui soutient l'administration des postes... Le reste du temps, la marquise appréciait les charmes du désoeuvrement. Elle menait une «vie de loisir et de causerie». L'après-midi, elle recevait quelques amies, dont Mme de La Fayette. Et l'on potinait, on papotait devant une tasse de chocolat. Marie était le meilleur exemple de ce qu'on appelle «l'esprit de conversation», car elle «mettait de l'art jusque dans sa vie. Négligemment», comme le dit encore Sainte-Beuve.
Fiche détaillée : Femmes de plaisir
| Auteur | François Bott |
|---|---|
| Editeur | Le Cherche-Midi |
| Date de parution | octobre 2007 |
| Collection | Amor Fati |
| ISBN | 2749106893 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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