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Room service , Rendez-vous gastronomiques et littéraires Y. Camdeborde, S. Lapaque
- Guide (broché). Paru en 11/2007
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En résumé : Room service
Le Mot de l'éditeur : Room service
Dans la grande tradition des hôtels littéraires, Yves Camdeborde et Sébastien Lapaque ont mis en scène un festin imaginaire au Relais-Saint Germain au cours duquel vingt-trois écrivains sont célébrés et honorés de recettes de cuisines inspirées par leur vie et leur œuvre.
Pour le cuisinier et pour l’écrivain, ce petit jeu a été l’occasion de renouveler les noces de la gastronomie et de la littérature et d’esquisser une façon de géographie sentimentale et littéraire. Ils ont ainsi composé un livre d’un genre unique, qui est à la fois manuel de littérature buissonnière, un carnet de recettes familières et une pédagogie portative de la gourmandise.
« L’addition est pour la maison
Convier ensemble la littérature et la gastronomie n’est pas une idée neuve. Pour être inattendu, il eût fallu les séparer. Depuis les banquets antiques, ces deux là marchent côte à côte et s’entendent plutôt bien. Qui prétendra le contraire ? La cuisine, c’est toujours une affaire de mots, et les mots, une affaire de cuisine.
Il suffit simplement de penser au vocabulaire imagé employé sur le piano. Débrider, décanter, décoffrer, déglacer, dégorger, dégraisser, délayer, démouler, dénerver, désosser, détailler… De la poésie automatique, à faire pâlir de jalousie les surréalistes. D’Honoré de Balzac à Antoine Blondin, en passant par Guy de Maupassant, Alexandre Dumas et Georges Simenon, les romanciers s’en sont délectés. Avant même de s’intéresser aux mets qu’ils servaient à leurs personnages, ils ont fait sonner leur intitulé. Nom de plat : le nom. Même le délicieux Marcel Proust, qui s’imposait un régime strict à base d’œufs et d’ailes de poulet, n’a pas pu renoncer à ce plaisir. On se souvient de cette confidence du narrateur dans
Logés en place choisie dans l’édifice immense du souvenir, les noms de plats déploient un lyrisme infini. Ils racontent des histoires, invitent au voyage, perpétuent la mémoire des hommes illustres. Ainsi la poularde de Bresse en vessie façon Mère Brazier et le brochet au beurre blanc à la Curnonsky, les glaces plombières Tortoni et le club sandwich César Ritz. Un plat, c’est à la fois un traité savant, un livre d’histoire et un roman d’aventures. Et une géographie nouvelle : la sauce béarnaise, on n’a pas été inventée au pied des Pyrénées, mais à Saint-Germain-en-Laye. En matière d’étymologie, les chevaliers de la Gueule sont querelleurs. On se dispute toujours sur l’origine du poulet Marengo, que nous attribuons volontiers à Dunand, le cuisinier de Bonaparte.
Toute tradition étant vivante, nous nous sommes amusés à la prolonger en proposant une nouvelle rencontre entre la littérature et la gastronomie. Vingt-trois écrivains qui ont chacun donné leur nom à une chambre de l’Hôtel Relais Saint Germain — celle de Rabelais n’étant autre que la cave — ont été honorés de recettes inspirées par leurs livres accompagnées pour célébrer leur œuvre et leur vie. Pour composer le menu de certains convives, il n’y a rien eu à inventer. Le Room Service pouvait difficilement proposer à M. Marcel Proust autre chose que des madeleines ou priver M. Casanova d’huîtres. M. Ernest Hemingway a exigé qu’on lui serve une côte de taureau de combat de Navarre, M. Guy de Maupassant de la bécasse rôtie et M. Georges Simenon du ris de veau à la belge. Ce qui a été fait.
A certains invités du Relais Saint Germain lors ce festin d’un genre un peu particulier, il a été réservé des surprises. M. James Joyce, qui est chez lui dans le quartier de l’Odéon où a naguère été édité son roman Ulysse, a pu déguster les rognons de mouton qui font rêver son héros Léopold Bloom ; M. Georges Bernanos, revenu au Quartier latin longtemps après y avoir mené des chahuts d’étudiants, a été récompensé avec une religieuse au chocolat. Des chambres voisines avaient été réservées aux poètes béarnais, montés en nombre sur Paris et régalés en abondance : de la poule-au-pot pour Madame la Princesse de Navarre, du saumon sauvage de l’Adour pour M. Francis Jammes et une garbure pour M. Paul-Jean Toulet, qui a refusé d’ôter son béret pyrénéen pour la déguster. Il était recommandé au personnel d’avoir le don des langues, puisque les invités du Relais Saint Germain parlaient non seulement le français, mais également l’anglais, le chinois ou le portugais, comme M. Jorge Amado, venu spécialement de Salvador de Bahia. On aurait pu également entendre parler latin et grec, mais M. Pétrone s’est fait porter pâle et M. Aristophane est resté introuvable. Un peu avant minuit, MM. Honoré de Balzac, Alexandre Dumas et Curnonsky se sont installés en cuisine pour un interminable colloque sur la cuisson des poissons de rivière. Au salon, on a vu M. Frédéric Dard s’entretenir très sérieusement de technique romanesque à M. Marcel Aymé, tandis que M. Charles Perrault disait du mal de la dernière pièce de Racine jouée à l’Hôtel de Bourgogne avec Mme de Sévigné. A l’étage, il y a eu du tapage : MM. Antoine Blondin et Arthur Rimbaud avaient dévalisé le minibar de la chambre de Melle Françoise Sagan avec M. Li Po. On les a envoyés à la cave, où M. François Rabelais, d’excellente humeur toute la soirée, avait commencé à déboucher des magnums.
A l’aube, il ne restait plus une miette. M. Blondin a entraîné les rescapés toréer les voitures boulevard Saint-Germain en criant des injures à la France qui se lève tôt. On n’était plus tout à fait ni dans la gastronomie, ni dans la littérature. Pour y revenir, nous nous sommes empressés de retrouver dans un grand désordre d’assiettes sales et de bouteilles vides les discours composés à la gloire des écrivains et les recettes imaginées en leur honneur.
Les voici rassemblés. Tel quels. »
Yves Camdeborde & Sébastien Lapaque
Fiche détaillée : Room service
| Auteur | Y. Camdeborde, S. Lapaque |
|---|---|
| Editeur | Actes sud |
| Date de parution | novembre 2007 |
| Collection | Cuisine |
| ISBN | 2742760253 |
| EAN | 978-2742760251 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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