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Emily L.
Marguerite Duras
- Roman (poche). Paru en 01/2008
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Un jour d'été, bar de la Marine, à Quillebeuf. Au large, l'estuaire de la Seine. C'est, à nouveau, Duras. A nouveau ce désoeuvrement maritime, blanc et bleu, des plages tout juste passées de mode, avec un rien de luxe, des clients perdus et des voix qui renouent d'impossibles ruptures. «Je ne peux...
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En résumé : Emily L.
Le Mot de l'éditeur : Emily L.
Un jour d'été, bar de la Marine, à Quillebeuf. Au large, l'estuaire de la Seine. C'est, à nouveau, Duras. A nouveau ce désoeuvrement maritime, blanc et bleu, des plages tout juste passées de mode, avec un rien de luxe, des clients perdus et des voix qui renouent d'impossibles ruptures. «Je ne peux pas m'arrêter d'écrire, dit la narratrice à l'homme qui l'accompagne, je ne peux pas. Et cette histoire, quand je l'écris, c'est comme si je vous retrouvais... que je retrouvais les moments où je ne sais pas encore ni ce qui arrive, ni ce qui va arriver... ni qui vous êtes, ni ce que nous allons devenir.»
La narratrice et l'homme qu'elle n'aime plus - ou qu'elle aime - observent deux autres solitaires du bar de la Marine, deux Anglais de l'île de Wight, venus de leur yacht : le «captain» et une femme détruite par l'alcool, jadis peut-être belle. Les deux voix françaises se mêlent aux deux voix anglaises, auxquelles il faudrait ajouter par instants la voix de la douce tenancière des lieux -elle aussi sur le départ. On apprendra le drame du couple anglais et, par échos, celui du couple français. Et l'on rêve de celle qui fut surnommée Emily L., la femme de l'amour fou, la lady des poèmes et des yachts, voguant parmi les îles de la Sonde.
Mais la belle journée passe, des pétroliers - hauts immeubles de l'impeccable blanc - montent sur le bleu et le noir. Un bac rouge, fragile, jette sa tache vive. L'immensité entre doucement dans la nuit. Il reste une certaine tranquillité, parcourue d'angoisses : celle du corps qui lit en soi le passage sans remède de toutes choses, «le corps qui lit et qui veut connaître l'histoire depuis les origines, et à chaque lecture ignorer toujours plus avant que ce qu'il ignore déjà».
Jean-Maurice de Montremy
Extrait du livre :
Ça avait commencé par la peur.
Nous étions allés à Quillebeuf, comme souvent cet été-là.
On était arrivés à l'heure habituelle, à la fin de l'après-midi. Comme chaque fois on avait traîné le long du bastingage blanc qui borde les quais depuis l'église, l'entrée du port, jusqu'à sa sortie, le chemin abandonné qui devrait aller à la forêt de Brotonne.
On regarde l'autre rive, le port pétrolier, et au loin, les hautes falaises du Havre, le ciel. Puis on regarde le bac rouge qui traverse, les gens qui passent, les eaux du fleuve. Et toujours ce bastingage qui en garde l'approche, fragile et blanc.
On va s'asseoir ensuite à la terrasse de l'hôtel de la Marine, le centre de la place, face à la rampe du bac.
Les tables sont à l'ombre des bâtiments de l'hôtel. L'air est immobile, il n'y a pas de vent.
Je vous regarde. Vous regardez l'endroit. La chaleur. Les eaux plates du fleuve. L'été. Et puis vous regardez au-delà. Les mains jointes sous le menton, très blanches, très belles, vous regardez sans voir. Sans bouger du tout, vous me demandez ce qu'il y a. Je dis comme d'habitude. Qu'il n'y a rien. Que je vous regarde.
La narratrice et l'homme qu'elle n'aime plus - ou qu'elle aime - observent deux autres solitaires du bar de la Marine, deux Anglais de l'île de Wight, venus de leur yacht : le «captain» et une femme détruite par l'alcool, jadis peut-être belle. Les deux voix françaises se mêlent aux deux voix anglaises, auxquelles il faudrait ajouter par instants la voix de la douce tenancière des lieux -elle aussi sur le départ. On apprendra le drame du couple anglais et, par échos, celui du couple français. Et l'on rêve de celle qui fut surnommée Emily L., la femme de l'amour fou, la lady des poèmes et des yachts, voguant parmi les îles de la Sonde.
Mais la belle journée passe, des pétroliers - hauts immeubles de l'impeccable blanc - montent sur le bleu et le noir. Un bac rouge, fragile, jette sa tache vive. L'immensité entre doucement dans la nuit. Il reste une certaine tranquillité, parcourue d'angoisses : celle du corps qui lit en soi le passage sans remède de toutes choses, «le corps qui lit et qui veut connaître l'histoire depuis les origines, et à chaque lecture ignorer toujours plus avant que ce qu'il ignore déjà».
Jean-Maurice de Montremy
Extrait du livre :
Ça avait commencé par la peur.
Nous étions allés à Quillebeuf, comme souvent cet été-là.
On était arrivés à l'heure habituelle, à la fin de l'après-midi. Comme chaque fois on avait traîné le long du bastingage blanc qui borde les quais depuis l'église, l'entrée du port, jusqu'à sa sortie, le chemin abandonné qui devrait aller à la forêt de Brotonne.
On regarde l'autre rive, le port pétrolier, et au loin, les hautes falaises du Havre, le ciel. Puis on regarde le bac rouge qui traverse, les gens qui passent, les eaux du fleuve. Et toujours ce bastingage qui en garde l'approche, fragile et blanc.
On va s'asseoir ensuite à la terrasse de l'hôtel de la Marine, le centre de la place, face à la rampe du bac.
Les tables sont à l'ombre des bâtiments de l'hôtel. L'air est immobile, il n'y a pas de vent.
Je vous regarde. Vous regardez l'endroit. La chaleur. Les eaux plates du fleuve. L'été. Et puis vous regardez au-delà. Les mains jointes sous le menton, très blanches, très belles, vous regardez sans voir. Sans bouger du tout, vous me demandez ce qu'il y a. Je dis comme d'habitude. Qu'il n'y a rien. Que je vous regarde.
Fiche détaillée : Emily L.
| Auteur | Marguerite Duras |
|---|---|
| Editeur | Minuit |
| Date de parution | janvier 2008 |
| Collection | Minuit Double |
| ISBN | 2707320234 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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