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L'histoire des minorité est-elle une histoire marginale ? Stéphanie Laithier, Vincent Vilmain

  • Etude (broché). Paru en 01/2008
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Cet ouvrage pose, à travers une approche critique des sciences humaines, les enjeux épistémologiques et méthodologiques des études consacrées au fait minoritaire. Il examine la pertinence du concept de minorité selon les périodes et les contextes politiques et revient sur les dynamiques qui guident...
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Le Mot de l'éditeur : L'histoire des minorité est-elle une histoire marginale ?

Cet ouvrage pose, à travers une approche critique des sciences humaines, les enjeux épistémologiques et méthodologiques des études consacrées au fait minoritaire. Il examine la pertinence du concept de minorité selon les périodes et les contextes politiques et revient sur les dynamiques qui guident les rapports des minorités à la majorité ou des minorités entre elles. Les contributions publiées ici montrent que, loin d'être marginale, l'histoire des minorités est au contraire essentielle pour éclairer celle des cultures majoritaires.

Certains groupes minoritaires revendiquent aujourd'hui légitimement leur appartenance à l'Histoire. Entre souci de visibilité et tendance à la victimisation, leur attitude est ambiguë. Ainsi, écrire sa propre histoire constitue un enjeu fondamental dans les processus de construction identitaire et pose la question du rapport à l'Autre dans les sociétés modernes. S'agit-il dès lors pour les minorités de s'intégrer à l'histoire majoritaire ou bien de développer une histoire qui leur soit propre ? La discipline historique est en effet parfois perçue comme un instrument de domination au service de la majorité, sentiment qui favorise l'émergence de mémoires minoritaires tant émancipatrices qu'exclusives.

Confronté à ce conflit, ce livre contribue à restituer à l'histoire son ambition intégratrice et fédératrice face à un contexte propice aux guerres des mémoires. Il touche indéniablement, mais dans le cadre d'une approche distanciée, aux questions identitaires si prégnantes de ce début de XXIe siècle.

Il est l'oeuvre, de haute tenue scientifique, de jeunes étudiants-chercheurs européens et américains qui ont réfléchi sur ces questions, dirigés par deux brillants agrégés d'histoire et doctorants à l'École Pratique des Hautes Études (Sorbonne), Stéphanie Laithier et Vincent Vilmain.

Extrait du livre :
Comme on le verra en lisant les pages qui suivent, la notion de minorité recouvre dans ce volume d'actes quatre objets à la fois distincts et reliés entre eux.

Par minorité on y entend d'abord un groupe numériquement restreint, possédant ou revendiquant un statut symbolique supérieur, voire une mission d'exception, tout en entretenant avec la société qui l'entoure des rapports complexes et contra­dictoires. Les colons israéliens incarnent ce modèle où la fai­blesse du nombre se trouve compensée par l'affirmation sans détour d'une héroïque exceptionnalité.

Dans ce livre cependant la minorité est aussi, et plus souvent, synonyme de dépréciation et de subordination. Elle caractérise alors ce qui est dévalorisé, soit, par exemple, la mémoire des vaincus. Elle signale également celui qui est tenu pour inférieur -le dégénéré de l'idéologie évolutionniste -, ou encore ceux qu'un pouvoir dominant relègue dans un statut subalterne : les femmes dans la société des temps modernes, les colonisés, les esclaves, etc. Le trait distinctif est alors indifférent au nombre puisque, selon les cas, les «mineurs» peuvent l'emporter quantitativement sur tous les autres groupes de la société considérée.

Selon une troisième définition, la minorité se présente comme un groupe inférieur quantitativement, relié à une société dont il diffère selon un ou plusieurs traits, religieux, ethnique, sexuel ; dont il subit, a subi ou peut à nouveau subir des pratiques discriminatoires ; et avec laquelle il entretient une relation plus ou moins problématique. On citera, pour s'en tenir aux exemples étudiés ci-après, les Juifs de Marseille au Moyen Âge, d'Algérie au XIXe siècle, de Pologne après 1945, ainsi que les Arméniens de Galicie, les Français originaires des DOM, les Turcs installés en Australie, les communautés immigrées de Norvège, ou encore les homosexuels et les lesbiennes d'Israël.

Dans un quatrième et dernier sens, «minorité» désigne le membrum disjectum d'une communauté nationale, formant dans l'environnement étranger où il se trouve un groupe à part, et constituant au regard de l'entité «mère» un appendice distant. Une telle minorité appartient à une diaspora. Elle est tantôt valorisée, tantôt au contraire dévaluée - comme les Grecs d'Egypte par le gouvernement d'Athènes -, voire critiquée pour son insuffisant attachement à la seule cause juste - comme les Juifs d'Algérie lorsqu'en 1962 ils ne se pressent pas d'émigrer en Israël.

Extrait de l'introduction Jean-Claude WAQUET, Président de l'École Pratique des Hautes Études

Fiche détaillée : L'histoire des minorité est-elle une histoire marginale ?

Auteur Stéphanie Laithier, Vincent Vilmain
Editeur Presses Universite Paris-Sorbonne
Date de parution janvier 2008
Collection Cahiers Alberto Benveniste, numéro 3
ISBN 284050555X
EAN 978-2840505556
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