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L'art de la joie Goliarda Sapienza
- Roman (poche). Paru en 02/2008
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Si L’Art de la joie est un roman d’apprentissage, cette initiation dure toute une vie. À mi-chemin entre L’Éducation sentimentale de Flaubert et Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, l’auteure italienne raconte l’épanouissement intellectuel et sexuel d’une Sicilienne née au début du XXe siècle....
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Goliarda Sapienza dresse le portrait d'une femme lucide qui dirige son destin d'une main de fer. Etre, le temps de ce livre, aux côtés de cette femme vous transporte et vous fait relever la tête.
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l ’épopée d ’une femme extraordinaire confrontée tout au long de sa vie passionnante et mouvementée à l ’histoire avec un grand H. Un beau roman de plus de 600 pages pour tous les amoureux de littérature.
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En résumé : L'art de la joie
Goliarda Sapienza est née à Catane en 1924, dans une famille socialiste anarchiste. "L'Art de la joie", son chef-d'œuvre, lui prendra plus de dix années de sa vie. Elle meurt en 1996, quelques mois avant la parution du roman en Italie.
Avis de la Fnac : L'art de la joie
Si L’Art de la joie est un roman d’apprentissage, cette initiation dure toute une vie. À mi-chemin entre L’Éducation sentimentale de Flaubert et Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, l’auteure italienne raconte l’épanouissement intellectuel et sexuel d’une Sicilienne née au début du XXe siècle. Pauvre, Modesta se hisse dans l’échelle sociale grâce à la lecture et aux études. Engagée dans de multiples combats politiques, cette féministe finira par atteindre la félicité auprès de Marco.
"Le mal réside dans les mots que la tradition a voulus absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. Le mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient, ils mentaient presque tous. Voilà ce que je devais faire : étudier les mots exactement comme on étudie les plantes, les animaux. Et puis, les nettoyer de la moisissure, les délivrer des incrustations de siècles de tradition, en inventer de nouveaux, et surtout écarter pour ne plus m'en servir ceux que l'usage quotidien emploie avec le plus de fréquence, les plus pourris, comme : sublime, devoir, tradition, abnégation, humilité, âme, pudeur, cœur, héroïsme, sentiment, piété, sacrifice, résignation."
Née en 1900 en Sicile, Modesta traverse la tourmente de l'Histoire et celle de ses sentiments. Pauvre, elle se rend forte en lisant et en étudiant, en cherchant en elle et chez les autres la clef pour ne pas succomber. Celle pour qui la liberté est une condition sine qua non de l'existence refuse les convenances, fait tourner les têtes et chavirer les cœurs des deux sexes, échappe au conformisme de son temps.
Hymne à la liberté sexuelle et à la vie sans entrave, charge sans concession contre les fascistes et les religieux, "L'Art de la joie" est un roman d'apprentissage engagé qui n'a de cesse de fustiger la morale totalitaire. À son écriture d'une grande puissance démonstrative, claire et incisive, répond un flux d'images, de personnages solidement campés, de passions enflammées et d'extases. Fresque d'un anticléricalisme tout aussi jubilatoire qu'acharné, "L'Art de la joie" est éblouissant de vitalité.
Née avec le siècle dans un petit village sicilien, orpheline, Modesta entre au couvent en attendant le mariage. Farouchement indépendante, elle conquiert sa liberté avec intelligence et ténacité. À soixante ans, elle raconte son long combat et comment, de simple soumise, elle est devenue l’une des femmes les plus respectées de son pays. Une belle leçon de liberté, d’amour et de vie qui s’inspire de la vie de son auteure, la Sicilienne Sapienza (1924-1996).
"Le mal réside dans les mots que la tradition a voulus absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. Le mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient, ils mentaient presque tous. Voilà ce que je devais faire : étudier les mots exactement comme on étudie les plantes, les animaux. Et puis, les nettoyer de la moisissure, les délivrer des incrustations de siècles de tradition, en inventer de nouveaux, et surtout écarter pour ne plus m'en servir ceux que l'usage quotidien emploie avec le plus de fréquence, les plus pourris, comme : sublime, devoir, tradition, abnégation, humilité, âme, pudeur, cœur, héroïsme, sentiment, piété, sacrifice, résignation."
Née en 1900 en Sicile, Modesta traverse la tourmente de l'Histoire et celle de ses sentiments. Pauvre, elle se rend forte en lisant et en étudiant, en cherchant en elle et chez les autres la clef pour ne pas succomber. Celle pour qui la liberté est une condition sine qua non de l'existence refuse les convenances, fait tourner les têtes et chavirer les cœurs des deux sexes, échappe au conformisme de son temps.
Hymne à la liberté sexuelle et à la vie sans entrave, charge sans concession contre les fascistes et les religieux, "L'Art de la joie" est un roman d'apprentissage engagé qui n'a de cesse de fustiger la morale totalitaire. À son écriture d'une grande puissance démonstrative, claire et incisive, répond un flux d'images, de personnages solidement campés, de passions enflammées et d'extases. Fresque d'un anticléricalisme tout aussi jubilatoire qu'acharné, "L'Art de la joie" est éblouissant de vitalité.
Née avec le siècle dans un petit village sicilien, orpheline, Modesta entre au couvent en attendant le mariage. Farouchement indépendante, elle conquiert sa liberté avec intelligence et ténacité. À soixante ans, elle raconte son long combat et comment, de simple soumise, elle est devenue l’une des femmes les plus respectées de son pays. Une belle leçon de liberté, d’amour et de vie qui s’inspire de la vie de son auteure, la Sicilienne Sapienza (1924-1996).
Le Mot de l'éditeur : L'art de la joie
Née en 1900 dans un petit village sicilien, orpheline à neuf ans, Modesta ne semble pas promise à un destin brillant. Au mieux peut-elle espérer un emploi de servante et un honnête mariage à la sortie du couvent qui l'a recueillie. Mais la jeune fille a d'autres aspirations... Sensuelle et fière, déterminée et prête à tout, farouchement indépendante et terriblement intelligente, Modesta veut découvrir la richesse infinie de la vie. Pour cela, elle devra abattre une à une les barrières érigées par la société : religion, morale, traditions, partis politiques, préjugés de classe, sexisme... Sa vie durant, Modesta poursuivra cet inlassable combat, celui d'une femme éprise de liberté et de bonheur.
«D'une plume inspirée, [Goliarda Sapienza] a mis sur son chemin de superbes personnages et célébré, dans ce roman d'apprentissage, chaque âge de la vie.»
Le Point
Extrait du livre :
Et voyez, me voici à quatre, cinq ans traînant un bout de bois immense dans un terrain boueux. Il n'y a pas d'arbres ni de maisons autour, il n'y a que la sueur due à l'effort de traîner ce corps dur et la brûlure aiguë des paumes blessées par le bois. Je m'enfonce dans la boue jusqu'aux chevilles mais je dois tirer, je ne sais pas pourquoi, mais je dois le faire. Laissons ce premier souvenir tel qu'il est : ça ne me convient pas de faire des suppositions ou d'inventer. Je veux vous dire ce qui a été sans rien altérer.
Donc, je traînais ce bout de bois ; et après l'avoir caché ou abandonné, j'entrai dans le grand trou du mur, que ne fermait qu'un voile noir couvert de mouches. Je me trouve à présent dans l'obscurité de la chambre où l'on dormait, où l'on mangeait pain et olives, pain et oignon. On ne cuisinait que le dimanche. Ma mère, les yeux dilatés par le silence, coud dans un coin. Elle ne parle jamais, ma mère. Ou elle hurle, ou elle se tait. Ses cheveux de lourd voile noir sont couverts de mouches. Ma soeur assise par terre la fixe de deux fentes sombres ensevelies dans la graisse. Toute la vie, du moins ce que dura leur vie, elle la suivit toujours en la fixant de cette façon. Et si ma mère - chose rare - sortait, il fallait l'enfermer dans les cabinets, parce qu'elle refusait de se détacher d'elle. Et dans ces cabinets elle hurlait, elle s'arrachait les cheveux, elle se tapait la tête contre les murs jusqu'à ce qu'elle, ma mère, revienne, la prenne dans ses bras et la caresse sans rien dire.
Pendant des années je l'avais entendue hurler ainsi sans y faire attention, jusqu'au jour où, fatiguée de traîner ce bois, m'étant jetée par terre, je ressentis à l'entendre crier comme une douceur dans tout le corps. Douceur qui bientôt se transforma en frissons de plaisir, si bien que peu à peu, tous les jours je commençai à espérer que ma mère sorte pour pouvoir écouter, l'oreille à la porte des cabinets, et jouir de ces hurlements.
Quand ça arrivait, je fermais les yeux et j'imaginais qu'elle se déchirait la chair, qu'elle se blessait. Et ce fut ainsi qu'en suivant mes mains poussées par les hurlements je découvris, en me touchant là d'où sort le pipi, que l'on éprouvait ainsi une jouissance plus grande qu'en mangeant le pain frais, les fruits. Ma mère disait que ma soeur Tina, «La croix que Dieu nous a justement envoyée à cause de la méchanceté de ton père», avait vingt ans ; mais elle était grande comme moi, et si grosse qu'on aurait dit, si on avait pu lui enlever la tête, la malle toujours fermée de mon grand-père : «Un damné, plus encore que son fils...», qui avait été marin. Quel métier c'était que celui de marin, je n'arrivais pas à le comprendre. Tuzzu disait que c'étaient des gens qui vivaient sur les bateaux et allaient sur la mer... mais qu'est-ce que c'était que la mer ?
«D'une plume inspirée, [Goliarda Sapienza] a mis sur son chemin de superbes personnages et célébré, dans ce roman d'apprentissage, chaque âge de la vie.»
Le Point
Extrait du livre :
Et voyez, me voici à quatre, cinq ans traînant un bout de bois immense dans un terrain boueux. Il n'y a pas d'arbres ni de maisons autour, il n'y a que la sueur due à l'effort de traîner ce corps dur et la brûlure aiguë des paumes blessées par le bois. Je m'enfonce dans la boue jusqu'aux chevilles mais je dois tirer, je ne sais pas pourquoi, mais je dois le faire. Laissons ce premier souvenir tel qu'il est : ça ne me convient pas de faire des suppositions ou d'inventer. Je veux vous dire ce qui a été sans rien altérer.
Donc, je traînais ce bout de bois ; et après l'avoir caché ou abandonné, j'entrai dans le grand trou du mur, que ne fermait qu'un voile noir couvert de mouches. Je me trouve à présent dans l'obscurité de la chambre où l'on dormait, où l'on mangeait pain et olives, pain et oignon. On ne cuisinait que le dimanche. Ma mère, les yeux dilatés par le silence, coud dans un coin. Elle ne parle jamais, ma mère. Ou elle hurle, ou elle se tait. Ses cheveux de lourd voile noir sont couverts de mouches. Ma soeur assise par terre la fixe de deux fentes sombres ensevelies dans la graisse. Toute la vie, du moins ce que dura leur vie, elle la suivit toujours en la fixant de cette façon. Et si ma mère - chose rare - sortait, il fallait l'enfermer dans les cabinets, parce qu'elle refusait de se détacher d'elle. Et dans ces cabinets elle hurlait, elle s'arrachait les cheveux, elle se tapait la tête contre les murs jusqu'à ce qu'elle, ma mère, revienne, la prenne dans ses bras et la caresse sans rien dire.
Pendant des années je l'avais entendue hurler ainsi sans y faire attention, jusqu'au jour où, fatiguée de traîner ce bois, m'étant jetée par terre, je ressentis à l'entendre crier comme une douceur dans tout le corps. Douceur qui bientôt se transforma en frissons de plaisir, si bien que peu à peu, tous les jours je commençai à espérer que ma mère sorte pour pouvoir écouter, l'oreille à la porte des cabinets, et jouir de ces hurlements.
Quand ça arrivait, je fermais les yeux et j'imaginais qu'elle se déchirait la chair, qu'elle se blessait. Et ce fut ainsi qu'en suivant mes mains poussées par les hurlements je découvris, en me touchant là d'où sort le pipi, que l'on éprouvait ainsi une jouissance plus grande qu'en mangeant le pain frais, les fruits. Ma mère disait que ma soeur Tina, «La croix que Dieu nous a justement envoyée à cause de la méchanceté de ton père», avait vingt ans ; mais elle était grande comme moi, et si grosse qu'on aurait dit, si on avait pu lui enlever la tête, la malle toujours fermée de mon grand-père : «Un damné, plus encore que son fils...», qui avait été marin. Quel métier c'était que celui de marin, je n'arrivais pas à le comprendre. Tuzzu disait que c'étaient des gens qui vivaient sur les bateaux et allaient sur la mer... mais qu'est-ce que c'était que la mer ?
Fiche détaillée : L'art de la joie
| Auteur | Goliarda Sapienza |
|---|---|
| Editeur | |
| Date de parution | 06/02/2008 |
| Collection | Pocket, numéro 13510 |
| Format | 11 cm x 18 cm |
| ISBN | 2266178016 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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