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Le malpropre, polluer pour s'approprier ? Michel Serres Voir tout son univers

  • Essai (broché). Paru en 02/2008
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Les tigres pissent pour délimiter leur niche. Ainsi font sangliers et chamois. Mimons-nous ces animaux ? Je le crains, je le vois, je le sens. Quiconque crache dans la soupe ou la salade s'en assure la propriété. Vous ne couchez pas dans des draps salis par un autre ; ils sont désormais à lui. Pour...
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Les tigres pissent pour délimiter leur niche. Ainsi font sangliers et chamois. Mimons-nous ces animaux ? Je le crains, je le vois, je le sens. Quiconque crache dans la soupe ou la salade s'en assure la propriété. Vous ne couchez pas dans des draps salis par un autre ; ils sont désormais à lui. Pour pouvoir recevoir ses clients, un hôtel, un restaurant, inversement, nettoient lit et serviettes. L'éthologie, science des conduites animales, comme les pratiques hospitalières - mais aussi l'histoire des religions, les techniques agricoles, même la sexologie... - montrent le rapport étrange et répulsif entre le sale et la propriété.
Oui, notre propre, c'est notre sale.
Poursuivant une méditation, commencée avec le Contrat Naturel, sur les risques d'aujourd'hui, ce livre dit que les pollueurs salissent le monde pour se l'approprier. Rien de changé depuis les chiens et les tigres ! Comment pollue-t-on ? Nous commençons à le comprendre. Mais pourquoi polluer ? Ce livre répond à la question. Attachées seulement aux questions de chimie et de médecine, les études actuelles sur l'environnement négligent ces projets, simplement humains, d'appropriation. Nous pouvons changer nos intentions.

Professeur à Stanford University, membre de l'Académie française, Michel Serres est l'auteur de nombreux essais philosophiques et d'histoire des sciences. L'un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde ouverte et optimiste, fondée sur une connaissance des humanités et des sciences.

Extrait du livre :
URINE, FUMIER, SANG, SPERME
Les fondements vécus du droit de propriété

Le tigre pisse aux limites de sa niche. Le lion et le chien aussi bien. Comme ces mammifères carnassiers, beaucoup d'animaux, nos cousins, marquent leur territoire de leur urine, dure, puante ; et de leurs abois ou de leurs chansons douces, comme pinsons et rossignols.
Marquer : ce verbe a pour origine la marque du pas, laissée sur la terre par le pied. Les putains d'Alexandrie, jadis, avaient coutume, dit-on, de ciseler, en négatif, leurs initiales sous la semelle de leurs sandales, pour que, les lisant, imprimées sur le sable de la plage, le client éventuel reconnaisse la personne désirée en même temps que la direction de sa couche. Les présidents des grandes marques reproduites par les publicitaires sur les affiches des villes jouiront sans doute, ensemble, d'apprendre qu'ils descendent en droite ligne, comme de bons fils, de ces putains-là.
Ou de ces bestioles-là, qui marquent de leurs déjections les frontières de leur aire. De même, certains végétaux diffusent alentour de petits jets invisibles d'acide... Rien ne pousse à l'ombre glacée des sapins.

Le propre et le sale :
usages animaux, usages humains

Comment les vivants habitent-ils un lieu ? Comment l'établissent-ils, comment le reconnaissent-ils ? Les lions à l'odorat, les volatiles à l'ouïe... À la vue, les afficheurs et les prostituées... Voilà trois sens en éveil. Comment, aussi puissant pour elles qu'est le droit pour les hommes, les bêtes créent-elles un lien par lequel elles s'approprient leur logement, y habitent et y vivent ?

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En résumé : Le malpropre, polluer pour s'approprier ?

Le Mot de l'éditeur : Le malpropre, polluer pour s'approprier ?

Les tigres pissent pour délimiter leur niche. Ainsi font sangliers et chamois. Mimons-nous ces animaux ? Je le crains, je le vois, je le sens. Quiconque crache dans la soupe ou la salade s'en assure la propriété. Vous ne couchez pas dans des draps salis par un autre ; ils sont désormais à lui. Pour pouvoir recevoir ses clients, un hôtel, un restaurant, inversement, nettoient lit et serviettes. L'éthologie, science des conduites animales, comme les pratiques hospitalières - mais aussi l'histoire des religions, les techniques agricoles, même la sexologie... - montrent le rapport étrange et répulsif entre le sale et la propriété.
Oui, notre propre, c'est notre sale.
Poursuivant une méditation, commencée avec le Contrat Naturel, sur les risques d'aujourd'hui, ce livre dit que les pollueurs salissent le monde pour se l'approprier. Rien de changé depuis les chiens et les tigres ! Comment pollue-t-on ? Nous commençons à le comprendre. Mais pourquoi polluer ? Ce livre répond à la question. Attachées seulement aux questions de chimie et de médecine, les études actuelles sur l'environnement négligent ces projets, simplement humains, d'appropriation. Nous pouvons changer nos intentions.

Professeur à Stanford University, membre de l'Académie française, Michel Serres est l'auteur de nombreux essais philosophiques et d'histoire des sciences. L'un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde ouverte et optimiste, fondée sur une connaissance des humanités et des sciences.

Extrait du livre :
URINE, FUMIER, SANG, SPERME
Les fondements vécus du droit de propriété

Le tigre pisse aux limites de sa niche. Le lion et le chien aussi bien. Comme ces mammifères carnassiers, beaucoup d'animaux, nos cousins, marquent leur territoire de leur urine, dure, puante ; et de leurs abois ou de leurs chansons douces, comme pinsons et rossignols.
Marquer : ce verbe a pour origine la marque du pas, laissée sur la terre par le pied. Les putains d'Alexandrie, jadis, avaient coutume, dit-on, de ciseler, en négatif, leurs initiales sous la semelle de leurs sandales, pour que, les lisant, imprimées sur le sable de la plage, le client éventuel reconnaisse la personne désirée en même temps que la direction de sa couche. Les présidents des grandes marques reproduites par les publicitaires sur les affiches des villes jouiront sans doute, ensemble, d'apprendre qu'ils descendent en droite ligne, comme de bons fils, de ces putains-là.
Ou de ces bestioles-là, qui marquent de leurs déjections les frontières de leur aire. De même, certains végétaux diffusent alentour de petits jets invisibles d'acide... Rien ne pousse à l'ombre glacée des sapins.

Le propre et le sale :
usages animaux, usages humains

Comment les vivants habitent-ils un lieu ? Comment l'établissent-ils, comment le reconnaissent-ils ? Les lions à l'odorat, les volatiles à l'ouïe... À la vue, les afficheurs et les prostituées... Voilà trois sens en éveil. Comment, aussi puissant pour elles qu'est le droit pour les hommes, les bêtes créent-elles un lien par lequel elles s'approprient leur logement, y habitent et y vivent ?

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Fiche détaillée : Le malpropre, polluer pour s'approprier ?

Auteur Michel Serres
Editeur Le Pommier
Date de parution février 2008
Collection Manifestes
Format 14 cm x 20 cm
ISBN 2746503603
Illustration Pas d'illustrations
Nombre de pages 112

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