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Romance provinciale Kornel Filipowicz
- Roman (broché). Paru en 03/2008
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Le Mot de l'éditeur : Romance provinciale
KORNEL FILIPOWICZ est né en 1913 à Tarnopol, en Pologne. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été arrêté et déporté. Dès son retour à Cracovie en 1945, il s'est consacré à l'écriture et a participé activement à la vie littéraire jusqu'à la fin de sa vie en 1990. Il a été l'époux de Wistawa Szymborska, lauréate du prix Nobel de littérature en 1996.
«Heureusement, vous êtes un poète et vous ne décrivez que vos sentiments; si vous étiez un romancier, vous auriez plus de soucis. Vous n'auriez pas beaucoup de temps pour être vous-même, c'est-à-dire un homme ordinaire.»
Extrait du livre :
- Elzbieta ! Elzbieta !
La porte de la chambre de sa mère était entrouverte. Assise au piano, Elzbieta jouait du Bach; la musique emplissait la maison. Elle entendait très nettement la voix de sa mère, mais, obligée de faire avancer la musique comme si c'eût été une énorme boule de verre, elle ne pouvait lever ses doigts du clavier et, à cet instant précis, elle devait y consacrer toute son attention, car la boule dévalait une pente et l'entraînait. Elle ne pouvait pas la laisser lui échapper et se briser.
- Elzbieta ! Elzbieta ! Tu es sourde, ou quoi ? Elle ne cessa de jouer que lorsque la voix de sa mère eut faibli au point de devenir un gémissement. Elle donna alors un violent coup de frein à son piano, comme à une voiture devant une barrière abaissée. La musique était en lieu sûr; depuis quelques mesures, elle roulait tranquillement sur une ligne droite.
- Quoi, maman ?
Sa mère était couchée sur le dos, les mains posées sur la couverture. Son ventre et ses jambes écartées se dessinaient sous la soie rouge piquée.
- Elzbieta, tu n'entends donc pas que je t'appelle ?
- Mais si, maman.
- Tu n'as pas de coeur, dit sa mère d'un ton indifférent.
Elle avait atteint son but suprême : éloigner Elzbieta de son piano. Celle-ci lui passa la main derrière le dos et la souleva ; elle était humide et légère comme un copeau de bois. Tout en soutenant sa mère, Elzbieta lui remonta son oreiller, l'assouplit, le rafraîchit.
- J'entends, maman, mais quand je joue, il m'est parfois difficile de m'interrompre d'un coup.
Elzbieta alla vers la fenêtre et l'ouvrit ; les piaillements assourdissants des moineaux envahirent la chambre.
- Quel temps fait-il aujourd'hui ?
- Il fait beau et chaud.
- Il n'y a pas de vent ?
- Je ne pense pas.
Elzbieta se pencha au-dehors et regarda la place carrée, partagée en deux par l'ombre et la lumière. Il était encore tôt, le soleil était bas. Un petit autobus bleu sale était arrêté à côté de la statue de saint Florian. Il avait une inclinaison bizarre : le chauffeur agenouillé démontait un pneu. Le dos courbé, Turlej l'idiot traversait la place d'un pas rapide. Il portait un seau de colle, un rouleau d'affiches et des journaux. Des bidons de lait attendaient sur le trottoir devant la crémerie. La porte du restaurant était ouverte; la serveuse balayait de l'intérieur obscur des ordures, des papiers et des boîtes de conserve. Les moineaux pépiaient à tue-tête.
- Elzbieta !
- Quoi, maman ?
Fiche détaillée : Romance provinciale
| Auteur | Kornel Filipowicz |
|---|---|
| Editeur | Allusifs Eds Les |
| Date de parution | mars 2008 |
| Format | 12cm x 20cm |
| ISBN | 2922868648 |
| EAN | 978-2922868647 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
| Nombre de pages | 104 |
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