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De l'émerveillement Michael Edwards
- Essai (broché). Paru en 04/2008
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«Au lieu de supposer que l'émerveillement est le propre des enfants et des ingénus, une émotion agréable et passagère dont on se défait en comprenant l'objet qui l'a provoqué ou en revenant aux choses sérieuses, ce livre invite à penser qu'il n'y a rien de plus adulte ni de plus sérieux que de s...
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Le Mot de l'éditeur : De l'émerveillement
«Au lieu de supposer que l'émerveillement est le propre des enfants et des ingénus, une émotion agréable et passagère dont on se défait en comprenant l'objet qui l'a provoqué ou en revenant aux choses sérieuses, ce livre invite à penser qu'il n'y a rien de plus adulte ni de plus sérieux que de s'émerveiller.»
Michael Edwards nous fait parcourir en quinze étapes quelque vingt-cinq siècles de littérature occidentale, de Platon à Philippe Jaccottet, du ciel des idées à la poésie de tous les jours, avec des escales inattendues, comme cette éblouissante évocation d'un chef-d'oeuvre musical du XVIe siècle redécouvert à Cambridge en 1960, le «Spem in Alium» de Thomas Tallis.
Pour sonder les mystères de la création il ne néglige, en effet, aucun allié : la musique (Purcell, Bach), la peinture (Vermeer) y sont ici largement représentées, notamment dans les rapports qu'elles entretiennent avec la poésie.
Sans ignorer les théories critiques modernes mais pour en avoir sans doute éprouvé les limites (et peut-être jaugé les naïvetés) Michael Edwards préfère, dans l'esprit des premiers «Lecteurs royaux», faire revivre un art de lire oublié, qui s'en tient au texte seul.
Qu'il s'arrête, pour étayer son propos sur une page de Dickens, sur quelques vers de Wordsworth ou de Chrétien de Troyes, c'est toujours comme s'il s'agissait de la dernière nouveauté.
Cette leçon de lecture est aussi une leçon de sagesse. En préservant ou en ranimant notre aptitude à l'émerveillement, la littérature nous suggère une autre façon de voir et de vivre.
Michael Edwards est poète en français et en anglais, et professeur au Collège de France. Il a publié de nombreux essais sur la création littéraire et artistique. Il rencontre une grande audience avec ses cours au Collège diffusés par France Culture.
Extrait du livre :
Où commencer ?
La question semble aller de soi, et appeler une réponse franche et résolue. À bien y réfléchir, cependant, ne la sentons-nous pas changer de nature ? Elle ne nous invite plus à prendre une décision : commencer ici ou là, mais à reconnaître ce fait pénible : commencer nous échappe, ne relève pas de notre compétence. Nous ne sommes pas au commencement, nous sommes engagés dans une voie, ou dans plusieurs, et un monde déjà là nous entoure et habite, inextricablement, notre conscience. A chaque fois que nous y pensons, que nous reprenons connaissance, la question à poser serait plutôt : où suis-je ?
Le Théétète de Platon contient un dialogue entre Socrate, le géomètre Théodore et son élève Théétète, à propos de l'épistémè - le savoir, le connaître, le s'y connaître -, acte difficilement compréhensible par lequel rame, quand elle «se donne de la peine en vue des choses qui sont» (187a), atteint l'être et la vérité. Invité par Socrate à définir l'épistémè, Théétète soutient (151e) qu'elle n'est autre que l'aisthèsis, c'est-à-dire, à peu près, la perception. Dans De l'essence de la vérité (un cours de 1931-1932 publié en 1988), Heidegger intervient vers la fin de la longue discussion de cette première définition, au moment où il trouve ce dont il a besoin pour son nouvel examen de la vérité, de la «non-vérité» et de l'être. Je vais intervenir quelques pages seulement après l'annonce de cette définition et m'arrêter sur une remarque de Théétète qui ne contribue en rien à l'argument. Socrate attire son attention sur des choses qui «se combattent en notre âme» (155b) : rien ne peut devenir plus grand ou plus petit tant qu'il reste égal à lui-même, pourtant six osselets à côté de quatre autres sont moitié plus, mais à côté de douze sont moitié moins, et, par l'effet du temps sur le rapport de leurs âges respectifs. Socrate, qui est plus que Théétète, deviendra moins. Afin de sonder le jeune homme, Socrate dit qu'il ne doute pas qu'il ait suivi l'argument et qu'il ail déjà rencontré dans ses études ce genre de problème, c'est bien le cas, et la réponse de Théétète (155c) est exemplaire : «Et j'en atteste les dieux, Socrate, je m'émerveille prodigieusement [à me demander] que sont ces choses-là, et quelquefois, vraiment, à regarder ces choses, je suis pris de vertige.»
Michael Edwards nous fait parcourir en quinze étapes quelque vingt-cinq siècles de littérature occidentale, de Platon à Philippe Jaccottet, du ciel des idées à la poésie de tous les jours, avec des escales inattendues, comme cette éblouissante évocation d'un chef-d'oeuvre musical du XVIe siècle redécouvert à Cambridge en 1960, le «Spem in Alium» de Thomas Tallis.
Pour sonder les mystères de la création il ne néglige, en effet, aucun allié : la musique (Purcell, Bach), la peinture (Vermeer) y sont ici largement représentées, notamment dans les rapports qu'elles entretiennent avec la poésie.
Sans ignorer les théories critiques modernes mais pour en avoir sans doute éprouvé les limites (et peut-être jaugé les naïvetés) Michael Edwards préfère, dans l'esprit des premiers «Lecteurs royaux», faire revivre un art de lire oublié, qui s'en tient au texte seul.
Qu'il s'arrête, pour étayer son propos sur une page de Dickens, sur quelques vers de Wordsworth ou de Chrétien de Troyes, c'est toujours comme s'il s'agissait de la dernière nouveauté.
Cette leçon de lecture est aussi une leçon de sagesse. En préservant ou en ranimant notre aptitude à l'émerveillement, la littérature nous suggère une autre façon de voir et de vivre.
Michael Edwards est poète en français et en anglais, et professeur au Collège de France. Il a publié de nombreux essais sur la création littéraire et artistique. Il rencontre une grande audience avec ses cours au Collège diffusés par France Culture.
Extrait du livre :
Où commencer ?
La question semble aller de soi, et appeler une réponse franche et résolue. À bien y réfléchir, cependant, ne la sentons-nous pas changer de nature ? Elle ne nous invite plus à prendre une décision : commencer ici ou là, mais à reconnaître ce fait pénible : commencer nous échappe, ne relève pas de notre compétence. Nous ne sommes pas au commencement, nous sommes engagés dans une voie, ou dans plusieurs, et un monde déjà là nous entoure et habite, inextricablement, notre conscience. A chaque fois que nous y pensons, que nous reprenons connaissance, la question à poser serait plutôt : où suis-je ?
Le Théétète de Platon contient un dialogue entre Socrate, le géomètre Théodore et son élève Théétète, à propos de l'épistémè - le savoir, le connaître, le s'y connaître -, acte difficilement compréhensible par lequel rame, quand elle «se donne de la peine en vue des choses qui sont» (187a), atteint l'être et la vérité. Invité par Socrate à définir l'épistémè, Théétète soutient (151e) qu'elle n'est autre que l'aisthèsis, c'est-à-dire, à peu près, la perception. Dans De l'essence de la vérité (un cours de 1931-1932 publié en 1988), Heidegger intervient vers la fin de la longue discussion de cette première définition, au moment où il trouve ce dont il a besoin pour son nouvel examen de la vérité, de la «non-vérité» et de l'être. Je vais intervenir quelques pages seulement après l'annonce de cette définition et m'arrêter sur une remarque de Théétète qui ne contribue en rien à l'argument. Socrate attire son attention sur des choses qui «se combattent en notre âme» (155b) : rien ne peut devenir plus grand ou plus petit tant qu'il reste égal à lui-même, pourtant six osselets à côté de quatre autres sont moitié plus, mais à côté de douze sont moitié moins, et, par l'effet du temps sur le rapport de leurs âges respectifs. Socrate, qui est plus que Théétète, deviendra moins. Afin de sonder le jeune homme, Socrate dit qu'il ne doute pas qu'il ait suivi l'argument et qu'il ail déjà rencontré dans ses études ce genre de problème, c'est bien le cas, et la réponse de Théétète (155c) est exemplaire : «Et j'en atteste les dieux, Socrate, je m'émerveille prodigieusement [à me demander] que sont ces choses-là, et quelquefois, vraiment, à regarder ces choses, je suis pris de vertige.»
Fiche détaillée : De l'émerveillement
| Auteur | Michael Edwards |
|---|---|
| Editeur | Editions Fayard |
| Date de parution | avril 2008 |
| ISBN | 2213635765 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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