Eternelles coupables Myriam Tsikounas

  • Essai (broché). Paru en 02/2008
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Qu'y a-t-il de commun entre Ève, la première femme criminelle qui aurait été l'initiatrice du péché, Brunehaut condamnée, aux premiers temps du Moyen Âge, pour sa cruauté, à être traînée par des chevaux emballés, l'ogresse Jeanne Weber qui, au me siècle, asphyxia une dizaine de nourrissons et les...
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Le Mot de l'éditeur : Eternelles coupables

Qu'y a-t-il de commun entre Ève, la première femme criminelle qui aurait été l'initiatrice du péché, Brunehaut condamnée, aux premiers temps du Moyen Âge, pour sa cruauté, à être traînée par des chevaux emballés, l'ogresse Jeanne Weber qui, au me siècle, asphyxia une dizaine de nourrissons et les soeurs assassines Christine et Léa Papin qui, en 1933, se déchaînèrent sur leurs patronnes ?
L'infanticide, la sorcellerie, le poison, voire le vol sont-ils, comme on le dit communément, le propre des femmes ?
Sans nier la réalité du crime, les regards, essentiellement masculins, que porte la société sur les femmes fautives tiennent lieu de réponse. Des vases antiques aux reportages télévisuels en passant par les miniatures médiévales, les tableaux de genre et les couvertures du Petit Journal, l'image est outrée, réductrice, stéréotypée, sans doute parce que la violence fait sortir les femmes du rôle attendu qui leur est conféré : celui de mère, d'épouse, de façon générale de porteuse de paix, de fécondité et de douceur. La représentation des femmes délinquantes n'illustre pas seulement l'histoire d'une transgression des normes, elle distille les rapports implicites entre le masculin et le féminin.
Historiens, historiens de l'art, juristes et politistes se sont ici réunis pour penser le phénomène sur la longue durée. En commentant ici plus de cent reproductions d'oeuvres d'arts de journaux, d'affiches, etc., ils décèlent le rapport entre les clichés et la société qui les façonne et les colporte en les réadaptant subrepticement pour leur permettre de survivre. Ces permanences commencent à se rompre aujourd'hui sous l'effet d'un espace public et d'une culture de masse dont les femmes sont de moins en moins exclues.

Frédéric Chauvaud, Anne-Emmanuelle Demartini, Annie Duprat, Claude Gauvard, Pauline Schmitt Pantél, Bertrand Tillier et Myriam Tsikounas ainsi que Laurent Bihl, Loïc Cadiet, Frédérique Matonti, Emmanuel Jeuland, François Jost et Camille Picard.

Extrait du livre :
La criminelle au prisme de l'histoire, au risque de l'image

Que ce soit dans la peinture, la fiction ou les rubriques de faits divers, les représentations des femmes criminelles sont placées sous le sceau de l'ambiguïté, car, si ces figures se construisent plutôt par le biais de l'art, de la littérature et plus récemment des médias, elles sont tributaires à la fois des stéréotypes que véhicule la vision traditionnelle des femmes criminelles, et des changements qui sont intervenus au cours de l'histoire, en particulier dans le domaine du droit.
Les clichés affectent encore largement les représentations actuelles des femmes criminelles, qu'il s'agisse de nos contemporaines ou des héroïnes empruntées à la mythologie ou à l'histoire. Leur contenu oscille entre une fragilité féminine qui confine parfois à la folie et une démesure que décuple la luxure. Ce portrait remonte à l'Antiquité - les Bacchantes et les Amazones peuvent servir de points de repère -, mais il est surtout dû à un héritage médiéval qui, en Occident, a été le fait des clercs, en particulier des moines et des prédicateurs. Les femmes étaient à leurs yeux des criminelles potentielles dans la mesure où, filles d'Eve, elles étaient tentatrices de la chair. C'est elle, cette première femme, qui sert à l'enseignement des jeunes clercs quand ils apprennent à lire les images sur les sculptures des églises romanes ou des cathédrales gothiques. Certes, une autre femme, Marie, peut sauver les hommes du péché originel, mais son action, si rédemptrice soit-elle, n'atténue guère la méfiance, voire l'inquiétude, que le «mâle» Moyen Âge entretient avec les femmes et qu'il a léguée à nos représentations. L'importance des valeurs d'honneur qui ont été autrefois attachées à la femme dans la vie sociale, participant de l'honneur masculin sans que l'homme en fût parfaitement maître, n'a fait qu'accentuer cette vision : pendant longtemps, l'homme dut avoir une «preude» femme, c'est-à-dire vierge au mariage, fidèle et maternelle, confinée si possible dans la sphère de la vie privée qui protégeait du scandale ou l'étouffait. Toute infraction à ces normes faisait sortir la femme de l'ombre pour la marginaliser ou la montrer du doigt. Il est donc tout à fait logique que les représentations de femmes criminelles n'aient presque jamais donné à voir des femmes ordinaires mais, au contraire, des catégories particulières dont le stéréotype se répète à l'infini. Il s'agit le plus souvent d'exemples bibliques ou de personnages marginaux, prostituées ou sorcières. Leur crime allie le secret et l'alcôve, qu'il s'agisse des empoisonneuses ou des adultères; il traduit parfois l'horreur du sang sous forme de gestes contre nature : l'infanticide, le parricide, ou encore le meurtre de l'époux pour lequel les femmes sont jugées plus sévèrement que les hommes. Les représentations insistent alors sur l'aspect abject du crime en lui conférant des connotations sexuelles, ou sur le statut particulier de la femme, comme c'est le cas pour les prostituées, reconnaissables à leur vêtement, et pour les sorcières au paraître aisément identifiable. Notre imaginaire reste pétri par ces clichés : il s'exprime en particulier dans la façon dont nous interprétons ce passé où nous rejetons nos fantasmes médiévaux et nourrit ainsi le regard différent que nous portons sur les femmes et les hommes criminels.

Extrait de l'introduction

Fiche détaillée : Eternelles coupables

Direction Myriam Tsikounas
Editeur Autrement
Date de parution février 2008
ISBN 2746711184
EAN 978-2746711181
Illustration Pas d'illustrations

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