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Nous sommes tous des Playmobiles Nicolas Ancion
- Roman (poche). Paru en 03/2008
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Bruxelles est une ville en plastique, comme le reste de la planète : on y voit courir des petits bonshommes dérisoires, emportés dans le courant de leur vie comme des bouteilles vides à la surface du canal. On rit, on se bat, on se débat, puis on se laisse aller et on se retrouve noyé dans la vase,...
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Le Mot de l'éditeur : Nous sommes tous des Playmobiles
Bruxelles est une ville en plastique, comme le reste de la planète : on y voit courir des petits bonshommes dérisoires, emportés dans le courant de leur vie comme des bouteilles vides à la surface du canal. On rit, on se bat, on se débat, puis on se laisse aller et on se retrouve noyé dans la vase, sans avoir rien remarqué. À moins qu'un soubresaut ne change le cours des choses...
Dans ce recueil de nouvelles, il suffit de presque rien : une tache de sauce, un appareil photo, une agrafeuse, un abri de jardin ou un paquet de cigarettes pour qu'une vie banale bascule dans la grande aventure, pour que l'absurde redonne des couleurs à une existence terne.
«Sur un ton très détaché, donc tout proche de ses sujets, Ancion épingle des tranches de vie. Il les sauce d'un humour belge aisément reconnaissable, de formules pleines d'inattendu, d'observations qui chatouillent un non-sens pointu.»
Lucie Cauwe - Le Soir (Belgique)
Extrait du livre :
Moi, je dis qu'il y a une justice
Moi, je dis qu'il y a une justice. Mais ceux qui la rendent, ce ne sont ni les juges, ni les hommes, ni les lois ; ce sont les circonstances.
Et les circonstances, elles sont bien souvent aggravantes.
Yvonne, ça faisait combien de temps qu'elle m'avait quitté pour de bon ? Deux semaines ou bien trois ? Je n'aurais pas pu le dire, je n'avais pas encore avalé mon premier café à cette heure-là, je n'avais pas l'esprit assez clair pour calculer. Il était sept heures trente à peu près, j'avais la gueule comme une enclume et une haleine de poissonnier par temps de canicule. Puis j'avais l'entrejambe qui me grattait, comme tous les matins.
Elle a déboulé comme je déteste, avec sa vieille clef, sans sonner, sans frapper, elle est entrée dans le salon le regard de morue braqué sur ses baskets usées. Je viens chercher des affaires, qu'elle a dit.
La bonne affaire, c'est ce qu'elle a toujours cherché : le meilleur rapport qualité-prix. Ce n'est pas pour rien qu'elle a épousé un comptable dans mon genre. C'est certainement pour ça aussi qu'elle a voulu qu'on fasse des petits dès que j'ai été nommé responsable d'agence. Des gosses de banquier, c'était le rêve, pour elle, un objectif de vie. Tu parles. J'ai jamais été doué pour ça. Sans doute que c'est la faute aux savons liquides et à tous les produits chimiques que je bouffe depuis des années. Je suis pas une terre très fertile. Ça lui a pris des mois pour admettre que je n'étais pas capable d'en pondre, des enfants, que son mari idéal, son banquier pas trop moche, était aussi stérile que la plupart de nos conversations. Elle ramenait le sujet sur la table tous les soirs, à plat sur la toile cirée, entre le gratin dauphinois, le hachis parmentier et son éternel Thermos de café à fleurs, pile sous le halo du tube néon de la cuisine. Tu devrais voir un médecin, qu'elle me répétait tout le temps. Et à force de me répéter le conseil, c'est elle qui a fini par se barrer avec son gynécologue, celui qui la conseillait depuis des mois. Un petit gros tout moche, avec des cheveux gras et des lunettes sales. Un type qui gagne tellement de paquets qu'il a déjà trois mômes d'une première patiente. On n'est pas du même monde, on n'est pas atteints du même mal. Pas le même genre de mâles, au fond.
Elle a foncé vers la cuisine, elle a traversé le salon et c'est à ce moment-là que les choses se sont accélérées. Comme dans un mauvais film de divorce qui vire au drame. La vitre à côté de la porte d'entrée a volé en éclats, le bruit du verre brisé a résonné sur le carrelage du hall, le temps de lever la tête et je les ai vus foncer droit sur moi, deux types encagoulés avec des fusils à pompe au bout de leurs grosses mains gantées.
Dans ce recueil de nouvelles, il suffit de presque rien : une tache de sauce, un appareil photo, une agrafeuse, un abri de jardin ou un paquet de cigarettes pour qu'une vie banale bascule dans la grande aventure, pour que l'absurde redonne des couleurs à une existence terne.
«Sur un ton très détaché, donc tout proche de ses sujets, Ancion épingle des tranches de vie. Il les sauce d'un humour belge aisément reconnaissable, de formules pleines d'inattendu, d'observations qui chatouillent un non-sens pointu.»
Lucie Cauwe - Le Soir (Belgique)
Extrait du livre :
Moi, je dis qu'il y a une justice
Moi, je dis qu'il y a une justice. Mais ceux qui la rendent, ce ne sont ni les juges, ni les hommes, ni les lois ; ce sont les circonstances.
Et les circonstances, elles sont bien souvent aggravantes.
Yvonne, ça faisait combien de temps qu'elle m'avait quitté pour de bon ? Deux semaines ou bien trois ? Je n'aurais pas pu le dire, je n'avais pas encore avalé mon premier café à cette heure-là, je n'avais pas l'esprit assez clair pour calculer. Il était sept heures trente à peu près, j'avais la gueule comme une enclume et une haleine de poissonnier par temps de canicule. Puis j'avais l'entrejambe qui me grattait, comme tous les matins.
Elle a déboulé comme je déteste, avec sa vieille clef, sans sonner, sans frapper, elle est entrée dans le salon le regard de morue braqué sur ses baskets usées. Je viens chercher des affaires, qu'elle a dit.
La bonne affaire, c'est ce qu'elle a toujours cherché : le meilleur rapport qualité-prix. Ce n'est pas pour rien qu'elle a épousé un comptable dans mon genre. C'est certainement pour ça aussi qu'elle a voulu qu'on fasse des petits dès que j'ai été nommé responsable d'agence. Des gosses de banquier, c'était le rêve, pour elle, un objectif de vie. Tu parles. J'ai jamais été doué pour ça. Sans doute que c'est la faute aux savons liquides et à tous les produits chimiques que je bouffe depuis des années. Je suis pas une terre très fertile. Ça lui a pris des mois pour admettre que je n'étais pas capable d'en pondre, des enfants, que son mari idéal, son banquier pas trop moche, était aussi stérile que la plupart de nos conversations. Elle ramenait le sujet sur la table tous les soirs, à plat sur la toile cirée, entre le gratin dauphinois, le hachis parmentier et son éternel Thermos de café à fleurs, pile sous le halo du tube néon de la cuisine. Tu devrais voir un médecin, qu'elle me répétait tout le temps. Et à force de me répéter le conseil, c'est elle qui a fini par se barrer avec son gynécologue, celui qui la conseillait depuis des mois. Un petit gros tout moche, avec des cheveux gras et des lunettes sales. Un type qui gagne tellement de paquets qu'il a déjà trois mômes d'une première patiente. On n'est pas du même monde, on n'est pas atteints du même mal. Pas le même genre de mâles, au fond.
Elle a foncé vers la cuisine, elle a traversé le salon et c'est à ce moment-là que les choses se sont accélérées. Comme dans un mauvais film de divorce qui vire au drame. La vitre à côté de la porte d'entrée a volé en éclats, le bruit du verre brisé a résonné sur le carrelage du hall, le temps de lever la tête et je les ai vus foncer droit sur moi, deux types encagoulés avec des fusils à pompe au bout de leurs grosses mains gantées.
Fiche détaillée : Nous sommes tous des Playmobiles
| Auteur | Nicolas Ancion |
|---|---|
| Editeur | |
| Date de parution | mars 2008 |
| Collection | Pocket, numéro 13662 |
| Format | 11 cm x 18 cm |
| ISBN | 2266182277 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
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