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L'Etat et la langue Robert Lafont
- Essai (broché). Paru en 09/2008
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Dès l'instant où les Grecs empruntent l'alphabet aux Phéniciens pour écrire leur langue, l'État pointe sous la forme de la Cité. Langue et écriture se prêtent désormais secours dans son service. Comme il y a pour la communication orale une fixation systémique dite phonologie, il y a pour fixer la...
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Le Mot de l'éditeur : L'Etat et la langue
Dès l'instant où les Grecs empruntent l'alphabet aux Phéniciens pour écrire leur langue, l'État pointe sous la forme de la Cité. Langue et écriture se prêtent désormais secours dans son service. Comme il y a pour la communication orale une fixation systémique dite phonologie, il y a pour fixer la langue en écrit un système phonématique dont l'État établit les règles. D'après le codage grec se construit le codage latin, le nôtre, avec son contrôle maximal de la Lettre sous ses trois aspects de système de langue écrite, de système de ce qui sert à l'écrire et de système de ce qu'on écrit avec elle sous l'autorité - et quelquefois la censure - de l'État.
Ainsi naquirent en Gaule romaine deux langues nouvelles : oc au Sud, oïl au Nord, dont l'auteur suit en parallèle émergence et développement dans un réexamen de l'Histoire de France. Restera, au XVe siècle, à l'État France, à se bétonner sur l'hégémonie militaire, économique, administrative, littéraire, sous le joug culturel et même psychologique du Nord (spécialement de Paris) et selon une lente et continue dévoration linguistique du Midi. Ensuite il parcourra quatre siècles jusqu'au temps du Premier Empire, où une France déclarée une et indivisible est devenue un État intérieurement oppressif, extérieurement conquérant, intellectuellement convaincu de sa supériorité à tout autre.
Robert Lafont, professeur honoraire de l'université de Montpellier et docteur honoris causa de l'université de Vienne, a produit une oeuvre en deux volets, l'un littéraire en langue d'oc, l'autre scientifique en français et en d'autres langues. Historien de la littérature, il s'est intéressé à l'ensemble de la tradition occitane et à la poésie baroque; historien des sociétés et militant des espaces économiques, il a également payé de sa personne dans les mouvements populaires de la fin du XXe siècle. Robert Lafont a déjà publié, aux éditions Sulliver, Prémices de l'Europe, VIe-XIIIe siècles (2007).
COLLECTION DIRIGÉE PAR THIERRY GALIBERT
Extrait du livre :
C'est un grand moment celui où le temps
peut se passer du maître des horloges.
C'est le temps des temps où le temps
est devenu capable de penser le temps.
R. L.
Je dois l'idée de ce livre à mon ami Fritz Peter Kirsch, spécialiste reconnu de la littérature française bien qu'il écrive surtout en langue allemande. C'était en septembre 1999 à Vienne, au Congrès de l'Association internationale d'Études occitanes. Kirsch souhaitait qu'un regard extérieur et même «marginal» se portât sur cette «Institution», pour la mieux comprendre, éclairer, déconstruire et reconstruire. Je repris la balle au bond : «Tu voudrais en somme une histoire occitane de la littérature française.» Il en fut d'accord.
Il venait d'éveiller en moi plusieurs insatisfactions, qui risquaient sans lui de mal vieillir et de rancir muettes.
Il me rappelait le temps où je jouais le jeu de l'Institution en son sein même, professeur de français qui imaginait de proposer à ses élèves un inventaire sérié du panorama littéraire autour d'un garçon qui avait vingt ans et une grande faim d'actualité à des dates successives : 16.., 17.., 18.., 19... Il s'appelait François et personne n'aurait pensé qu'il vécût ailleurs qu'à Paris.
C'était un temps où Paris nous fournissait de manuels balisant avec rigueur tous les chemins à pratiquer et nous envoyait des inspecteurs dits généraux pour que nous ne nous égarions point en nos particularités. Si quelque livre paraissait qui présentait autrement le paysage, faisant place aux libertins du XVIIe siècle ou aux romantiques classés mineurs, il disparaissait très vite dans l'accord de mes collègues et de leurs supérieurs devant l'impavide Lagarde et Michard.
Kirsch me rappelait aussi l'entreprise où je devais m'engager un peu plus tard, enseignant en Faculté, de replacer les écrivains occitans des XVIe et XVIIe siècles dans leur temps, et de tirer ainsi à la connaissance leurs rapports avec la littérature en langue française, leurs emprunts et leurs déviances. Le chantier se révéla fécond, et d'autres que moi s'y sont depuis lors engagés avec succès.
Restait que la trajectoire de la recherche était toujours descendante : de Paris à la Province et de l'écriture majeure aux écritures mineures. Et que le problème d'ensemble de la dénivellation ne serait abordé que dans un livre de Fausta Garavini, Parigi e provincia, écrit plus tard (1990) en italien, langue que l'universitaire français lit tout aussi peu que l'allemand.
Kirsch touchait au vif la déception où j'étais d'avoir pris, il y a moins de vingt ans, les littératures d'oc et d'oïl des XIIe et XIIIe siècles autrement qu'il ne serait séant de les prendre, de m'être ainsi convaincu d'un gauchissement des perspectives opéré par des philologues nationalistes nordistes de la fin du XIXe, qui mirent les trésors des Plantagenêts dans une bourse capétienne et renvoyèrent à l'hors cours l'aloi occitan. Je m'y mis donc, en prenant pour cadre historique le Moyen Âge, écrivis de nombreux articles en revues spécialisées et quelques volumes, tout cela sans obtenir en quinze années ni l'hommage d'un accord ni l'honneur d'une joute.
Je me convainquais somme toute de devoir, en conclusion d'âge, prendre à parti l'Institution elle-même, son architecture close telle qu'elle s'est construite et durcie au fil des temps, telle qu'elle semblait devoir être amendée à remonte-temps, par des méthodes nouvelles et quelques découvertes.
Extrait de l'avant-propos
Ainsi naquirent en Gaule romaine deux langues nouvelles : oc au Sud, oïl au Nord, dont l'auteur suit en parallèle émergence et développement dans un réexamen de l'Histoire de France. Restera, au XVe siècle, à l'État France, à se bétonner sur l'hégémonie militaire, économique, administrative, littéraire, sous le joug culturel et même psychologique du Nord (spécialement de Paris) et selon une lente et continue dévoration linguistique du Midi. Ensuite il parcourra quatre siècles jusqu'au temps du Premier Empire, où une France déclarée une et indivisible est devenue un État intérieurement oppressif, extérieurement conquérant, intellectuellement convaincu de sa supériorité à tout autre.
Robert Lafont, professeur honoraire de l'université de Montpellier et docteur honoris causa de l'université de Vienne, a produit une oeuvre en deux volets, l'un littéraire en langue d'oc, l'autre scientifique en français et en d'autres langues. Historien de la littérature, il s'est intéressé à l'ensemble de la tradition occitane et à la poésie baroque; historien des sociétés et militant des espaces économiques, il a également payé de sa personne dans les mouvements populaires de la fin du XXe siècle. Robert Lafont a déjà publié, aux éditions Sulliver, Prémices de l'Europe, VIe-XIIIe siècles (2007).
COLLECTION DIRIGÉE PAR THIERRY GALIBERT
Extrait du livre :
C'est un grand moment celui où le temps
peut se passer du maître des horloges.
C'est le temps des temps où le temps
est devenu capable de penser le temps.
R. L.
Je dois l'idée de ce livre à mon ami Fritz Peter Kirsch, spécialiste reconnu de la littérature française bien qu'il écrive surtout en langue allemande. C'était en septembre 1999 à Vienne, au Congrès de l'Association internationale d'Études occitanes. Kirsch souhaitait qu'un regard extérieur et même «marginal» se portât sur cette «Institution», pour la mieux comprendre, éclairer, déconstruire et reconstruire. Je repris la balle au bond : «Tu voudrais en somme une histoire occitane de la littérature française.» Il en fut d'accord.
Il venait d'éveiller en moi plusieurs insatisfactions, qui risquaient sans lui de mal vieillir et de rancir muettes.
Il me rappelait le temps où je jouais le jeu de l'Institution en son sein même, professeur de français qui imaginait de proposer à ses élèves un inventaire sérié du panorama littéraire autour d'un garçon qui avait vingt ans et une grande faim d'actualité à des dates successives : 16.., 17.., 18.., 19... Il s'appelait François et personne n'aurait pensé qu'il vécût ailleurs qu'à Paris.
C'était un temps où Paris nous fournissait de manuels balisant avec rigueur tous les chemins à pratiquer et nous envoyait des inspecteurs dits généraux pour que nous ne nous égarions point en nos particularités. Si quelque livre paraissait qui présentait autrement le paysage, faisant place aux libertins du XVIIe siècle ou aux romantiques classés mineurs, il disparaissait très vite dans l'accord de mes collègues et de leurs supérieurs devant l'impavide Lagarde et Michard.
Kirsch me rappelait aussi l'entreprise où je devais m'engager un peu plus tard, enseignant en Faculté, de replacer les écrivains occitans des XVIe et XVIIe siècles dans leur temps, et de tirer ainsi à la connaissance leurs rapports avec la littérature en langue française, leurs emprunts et leurs déviances. Le chantier se révéla fécond, et d'autres que moi s'y sont depuis lors engagés avec succès.
Restait que la trajectoire de la recherche était toujours descendante : de Paris à la Province et de l'écriture majeure aux écritures mineures. Et que le problème d'ensemble de la dénivellation ne serait abordé que dans un livre de Fausta Garavini, Parigi e provincia, écrit plus tard (1990) en italien, langue que l'universitaire français lit tout aussi peu que l'allemand.
Kirsch touchait au vif la déception où j'étais d'avoir pris, il y a moins de vingt ans, les littératures d'oc et d'oïl des XIIe et XIIIe siècles autrement qu'il ne serait séant de les prendre, de m'être ainsi convaincu d'un gauchissement des perspectives opéré par des philologues nationalistes nordistes de la fin du XIXe, qui mirent les trésors des Plantagenêts dans une bourse capétienne et renvoyèrent à l'hors cours l'aloi occitan. Je m'y mis donc, en prenant pour cadre historique le Moyen Âge, écrivis de nombreux articles en revues spécialisées et quelques volumes, tout cela sans obtenir en quinze années ni l'hommage d'un accord ni l'honneur d'une joute.
Je me convainquais somme toute de devoir, en conclusion d'âge, prendre à parti l'Institution elle-même, son architecture close telle qu'elle s'est construite et durcie au fil des temps, telle qu'elle semblait devoir être amendée à remonte-temps, par des méthodes nouvelles et quelques découvertes.
Extrait de l'avant-propos
Fiche détaillée : L'Etat et la langue
| Auteur | Robert Lafont |
|---|---|
| Editeur | Sulliver Eds |
| Date de parution | septembre 2008 |
| Collection | Archeologie De La Modernite |
| Format | 13 cm x 20 cm |
| ISBN | 2351220471 |
| Illustration | Pas d'illustrations |
| Nombre de pages | 222 |
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