Quand un père vient chercher son fils à la sortie de prison, il ne faut pas forcément y voir une preuve d’amour paternel… Loustal (Les frères Adamov, Le Sang des voyous) s’attaque à un récit de Dennis Lehane (Mystic River), écrivain américain de romans noirs adapté au cinéma (par Clint Eastwood)...
Quand un père vient chercher son fils à la sortie de prison, il ne faut pas forcément y voir une preuve d’amour paternel… Loustal (Les frères Adamov, Le Sang des voyous) s’attaque à un récit de Dennis Lehane (Mystic River), écrivain américain de romans noirs adapté au cinéma (par Clint Eastwood) comme en bande dessinée.
L’histoire commence comme ça. Un jeune homme sort de prison. Son père est là qui l’attend, tranquillement installé au volant d’une voiture volée. Une Buick Skylark, pour être précis. Dans la boîte à gants, de la cocaïne. Sur la banquette arrière, une pute. Elle s’appelle Mandy. Elle a l’air gentille, mais elle n’arrête pas de parler de cinéma et des scénarios qu’elle écrit. Bref, un charmant comité d’accueil, propre à regonfler le moral de n’importe quel type qui vient de passer quatre ans à l’ombre. Il y a juste un détail qui cloche : ce genre d’attention, ce n’est pas vraiment le genre du père. Comme lui dit le fils un peu plus loin dans le récit, tout en qualifiant son paternel de « vieux salopard », « qu’est-ce qui te reste quand t’es pas en train de faucher un truc, de liquider quelqu’un ou de t’arranger pour pourrir la vie des gens ? ». En réalité, le père a une idée derrière la tête : mettre la main sur un diamant que son fiston, accompagné de sa petite amie, avait dérobé juste avant son séjour derrière les barreaux. Le problème, c’est que celui-ci ne se souvient absolument pas de l’endroit où la pierre se trouve… Loustal n’en est pas à son coup d’essai en matière d’adaptation de romans noirs. Ses albums réalisés en collaboration avec l’écrivain Jerome Charyn (Les frères Adamov) ou surtout Philippe Paringaux (notamment le superbe Le Sang des voyous) sont encore dans les mémoires des lecteurs, séduits par sa maîtrise des ambiances en clair-obscur et par ce climat d’étrangeté qui émane de son dessin. Cette fois, il s’attaque à un récit court signé Dennis Lehane, qui n’est plus un inconnu dans l’univers du polar américain. On lui doit notamment Gone baby gone ou Mystic River, adapté au cinéma par Clint Eastwood, mais aussi l’inquiétant Shutter Island, transposé en bande dessinée par Christian de Metter. Les histoires de Lehane traitent de thèmes éternels comme la vengeance, la culpabilité ou le remords, des sujets qui ne sont pas propres au roman noir mais qui se prêtent à merveille à l’ambiance crépusculaire qui émane du dessin de Loustal. Le désespoir n’a pas forcément le dessus dans cette histoire, même si, comme les histoires d’amour en général, elle ne se termine pas très bien. Alternant les teintes bleutées et les dominantes jaunes ou ocres, le dessinateur passe ainsi de l’ombre à la lumière, de la froideur de la nuit à la clarté aveuglante de la journée, mais aussi de la noirceur de l’âme humaine à la force rédemptrice et optimiste de l’amour. Un récit court qui se lit d’une traite et qui trouve parfaitement sa place dans cette collection, fruit d’une association prometteuse entre l’éditeur de romans noirs Rivages et Casterman.