Il s’appelle Hubert. On le reconnaît facilement à son béret vissé sur le crâne et à sa mobylette pétaradante. Hubert est détective privé – amateur, mais détective privé quand même. A priori, rien de bien original. Sauf qu’Hubert n’exerce pas cette noble profession dans la jungle urbaine des grandes...
Il s’appelle Hubert. On le reconnaît facilement à son béret vissé sur le crâne et à sa mobylette pétaradante. Hubert est détective privé – amateur, mais détective privé quand même. A priori, rien de bien original. Sauf qu’Hubert n’exerce pas cette noble profession dans la jungle urbaine des grandes villes, mais dans un petit village baptisé Baulieu-sur-Morne. Huit cents habitants à tout casser, aucune violence urbaine à déplorer, un nombre de crimes égal à zéro : bref, à première vue, une sorte de paradis sur terre. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Car à Baulieu, les jalousies, les commérages et les rivalités vont bon train. Et, du coup, Hubert à fort à faire pour ramener un semblant de justice, n’hésitant pas à sillonner les routes départementales pour mener à bien ses missions… Hubert est un personnage savoureux créé par un auteur non moins savoureux, Bruno Heitz, illustrateur de livres pour la jeunesse et auteur de bandes dessinées, à qui l’on doit notamment une adaptation du Roman de Renart. Installé depuis des années à Saint-Remy-de-Provence, Bruno Heitz n’a pas son pareil pour observer ses contemporains et disséquer les us et coutumes de la vie à la campagne. Il met sans doute beaucoup de ses observations dans l’univers d’Hubert, même si celui-ci nous entraîne plutôt du côté de la France d’après-guerre, quelque part entre la fin des années cinquante et le début des années soixante. Il y a du Robert Doisneau chez Bruno Heitz, et l’on s’attend à tout instant à voir surgir la silhouette du photographe au détour d’une case, même si Doisneau privilégiait les décors urbains là où Heitz se régale dans la description de la vie quotidienne à la campagne. A moins qu’il ne s’agisse d’une pincée de Jacques Tati rehaussé d’un soupçon de Simenon. Mais un Simenon bienveillant et bon enfant, qui s’amuse des petits travers de ses contemporains et qui ne bascule jamais dans un regard tout à fait noir, préférant la légèreté et l’humour à la noirceur et au désespoir. Il faut dire que le dessin de Heitz est pour beaucoup dans cette bonhomie qui imprègne la série. Son trait en noir et blanc, dont la naïveté n’est qu’apparente et saisit au plus près la psychologie de ses personnages, croque ceux-ci sans avoir l’air d’y toucher pour composer une sorte de Comédie humaine débonnaire et réjouissante. La France d’Hubert, c’est celle qui bascule dans l’ère industrielle mais qui conserve – pour quelque temps - ce parfum éternel de ruralité, imperméable aux modes venues de la ville et aux assauts de la modernité. C’est aussi pour cette raison que l’on se prend d’affection pour le personnage d’Hubert : il nous renvoie, mine de rien, à des images d’enfance, à de lointains souvenirs d’école mais aussi à la vision d’une France intemporelle, comme si rien n’avait changé depuis l’époque du Solex et de la 4Cv Citroën. Les enquêtes d’Hubert tiennent à la fois du petit manuel de sociologie campagnarde et du polar rural, le tout saupoudré d’une bonne pincée d’humour et d’une sacrée dose de tendresse, ce qui ne peut pas faire de mal au lecteur…