L'inscription explicite de la littérature au primaire en France depuis 2002, les incidences de la recherche menée dans le premier degré, celles qui concernent le second degré et la récente définition du socle commun des connaissances et compétences sont autant d'éléments qui amènent à questionner les modalités d'enseignement de la littérature de l'école au lycée.
L'expérience de la lecture d'un même texte, La Petite Sirène d'Andersen, à tous les niveaux de classe et dans divers pays a permis de mettre en dialogue les différentes conceptions didactiques et de les interroger. Comment, aujourd'hui, lit-on un tel texte (que tous croient connaître du fait de l'adaptation de Walt Disney) en maternelle, au collège, au lycée, en France, au Québec, au Maroc, en Pologne, en Italie, en Suède, en Lettonie, ou encore en Belgique ? Quels modèles didactiques et pédagogiques, quelles théories critiques sous-tendent les démarches de lecture, les évaluations ici et là dans nos institutions ? Quel est le poids des traditions culturelles et institutionnelles, des situations historiques et économiques des pays sur les pratiques quotidiennes de la classe ? Quelles évolutions paraissent perceptibles ?
Prenant appui sur cette confrontation internationale et sur l'expérience conduite dans une cinquantaine de classes par l'équipe «Littérature et enseignement» de l'INRP, l'ouvrage propose des pistes de réflexion aux formateurs et enseignants : une réelle prise en compte du sujet lecteur et de ses références culturelles, des modalités d'appropriation active et réflexive du texte, des formes d'évaluation intégrée aux processus individuels de compréhension/interprétation.
Danielle Dubois-Marcoin
Danielle Dubois-Marcoin, maître de conférences en littérature et théâtre jeunesse à l'Université d'Artois, a été formatrice à l'IUFM du Nord-Pas-de-Calais. Elle a participé aux travaux sur la lecture de littérature à l'école élémentaire menés sous la direction de CatherineTauveron à l'INRP Elle y dirige actuellement l'équipe sur projet «Littérature et enseignement». L'ouvrage a été conçu en collaboration avec Christa Delahaye, chargée de recherche à l'INRP, ainsi qu'avec l'ensemble des enseignants associés à cette recherche.
Extrait du livre :
Cet ouvrage rend compte d'une expérience de lecture menée par l'équipe sur projet «Littérature et enseignement», à l'INRP de 2004 à 2006. Il rassemble d'une part les actes des journées internationales d'études tenues à Lyon en décembre 2005, La lecture d'un même texte, La Petite Sirène d'Andersen, de la maternelle à l'université en France et dans d'autres pays, et d'autre part l'analyse de ce travail, effectuée par Danielle Dubois-Marcoin, avec la collaboration de Christa Delahaye, à partir de leurs observations et des comptes rendus effectués par les enseignants associés. Un autre suivra pour rendre compte de l'expérimentation conduite sur le texte poétique de 2006 à 2008.
Un enseignement de la littérature en question
Cette recherche avait pour objectif la mise en dialogue des pratiques et des représentations des enseignants de tous niveaux dans le domaine de la lecture de littérature, et plus largement le questionnement de l'enseignement de la littérature aux premier et second degrés. Elle s'inscrit dans un contexte bien précis, celui d'une certaine crise de la littérature et de son enseignement, que font apparaître diverses publications, comme le numéro 135 de la revue Le Débat : Comment enseigner le français (mai-août 2005), assez polémique, ou encore la succession des déclarations de Tzvetan Todorov. Dans Perspectives de l'enseignement du français (ONL, 2002), puis dans son essai La littérature en péril (Flammarion, 2007), celui-ci revient sur le développement de la perspective formaliste, importée de l'ex-URSS et des pays satellites par l'université française aux lendemains des événements de Mai 68. Il en explique et en justifie les origines par les contraintes liées à la censure pesant alors sur les débats d'idées dans ces pays, et donc en Bulgarie : l'expression de la critique s'y est trouvée cantonnée, selon lui, à la seule étude de la forme. Cette perspective a mis en circulation des outils, qui se voulaient objectifs, d'analyse des textes littéraires comme moyen de faire face aux problèmes liés à la massification du public scolaire et à l'entrée dans le second degré d'élèves n'étant plus pour la majorité des «héritiers» et ne se trouvant pas forcément en connivence culturelle avec la littérature et ses usages jusqu'alors considérés comme légitimes par l'institution scolaire. Il s'agissait en quelque sorte de gérer au mieux les risques de «violences symboliques» imposées à ces nouvelles cohortes d'élèves